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Jeffrey Epstein : pionnier et mécène du Bitcoin, pour le meilleur et pour le pire…

par | 6 Fév 2026

La publication par le Département de la Justice américain de plus de 3,5 millions de pages de documents liés à Jeffrey Epstein a révélé ce que beaucoup soupçonnaient sans pouvoir le prouver : le financier condamné pour trafic sexuel n’était pas un simple curieux du Bitcoin. Il était un acteur central de son écosystème: développement technique, financement institutionnel et l’influence politique sont aux coeur de l’intrication entre Epstein et le bitcoin.

Les documents les plus anciens remontent à juin 2011, quand Bitcoin ne valait qu’une trentaine de dollars. Des entrées dans le calendrier d’Epstein, datées des 20 et 27 juin 2011, posent une question simple : « Should Amir bitcoin fly in? ». C’est une référence à Amir Taaki, l’un des premiers développeurs Bitcoin, un cypherpunk britannique d’origine iranienne alors très actif dans la communauté. Taaki a depuis confirmé publiquement avoir refusé l’investissement d’Epstein.

Dès 2012, Epstein recevait des analyses de la Banque centrale européenne sur Bitcoin et les monnaies virtuelles via le réseau Dewayne-Net, ainsi que des débats sur la divulgation des clés cryptographiques. En mai 2013, Steven Sinofsky, alors ex-président de la division Windows chez Microsoft et futur associé d’Andreessen Horowitz, envoyait personnellement à Epstein des articles du magazine Wired sur Bitcoin. La même année, quelqu’un renseignait Epstein sur Barry Silbert et SecondMarket, le futur Digital Currency Group, aujourd’hui propriétaire de Grayscale, CoinDesk et Genesis, et l’un des plus importants conglomérats crypto au monde.

Montréal: Blockstream et la capture du développement core

En 2014, Epstein a investi environ 500 000$ US dans le tour de financement initial de Blockstream, une entreprise fondée à Montréal par Adam Back et Austin Hill. Blockstream emploie plusieurs développeurs Bitcoin Core et a joué un rôle déterminant dans l’orientation technique du protocole, notamment en faveur de l’approche « small blocks » et du Lightning Network. L’investissement a été réalisé conjointement avec Joi Ito via un fonds associé. Des courriels montrent Austin Hill tentant d’organiser un voyage à Saint-Thomas, dans les Îles Vierges américaines, pour rencontrer Epstein, à quelques kilomètres de son île privée.

La même année, Epstein a investi 3 millions $ US dans Coinbase, alors évalué à 400 millions, via Brock Pierce et Blockchain Capital. Pierce, ancien acteur Disney des « Mighty Ducks », cofondateur de Tether, président de la Bitcoin Foundation, apparaît plus de 1 800 fois dans les fichiers Epstein. Leur relation remontait à 2011. Richard Kahn, le gestionnaire financier d’Epstein (condamné en 2023 pour fraude fiscale), recommandait de structurer les parts Coinbase dans un GRAT (Grantor Retained Annuity Trust) en vue d’un éventuel IPO (Initial Public Offering). Epstein a revendu une partie de sa position en 2018, encaissant environ 15 millions de dollars.

Le MIT, Joi Ito et le financement des développeurs Bitcoin

L’axe le plus troublant des révélations concerne le Massachusetts Institute of Technology. Epstein a donné un total de 850 000 $ US au MIT entre 2002 et 2017, dont 525 000 $ spécifiquement alloués à la Digital Currency Initiative (DCI) du MIT Media Lab, dirigé par Joichi « Joi » Ito.

En 2015, la Bitcoin Foundation, l’organisme qui finançait les développeurs principaux de Bitcoin, a fait faillite. Le MIT DCI a alors pris le relais, devenant le nouveau foyer institutionnel et le principal employeur des développeurs core : Wladimir van der Laan, Gavin Andresen et Cory Fields. Dans un courriel du 25 avril 2015 à Epstein, Ito écrivait : « Nous avons utilisé des dons pour financer ce projet, ce qui nous a permis d’agir rapidement et de remporter cette manche. Merci.» Epstein a répondu laconiquement : « gavin est brillant. »

Dans un autre courriel, Ito se présentait ainsi à Epstein : « Je suis également assez impliqué dans la communauté des développeurs Bitcoin. J’essaie d’organiser prochainement une réunion multipartite au MIT concernant l’avenir du Bitcoin. Ce serait formidable si je pouvais être disponible et amener l’un de mes fils, Jeremy Rubin, qui dirige le projet Bitcoin.» Rubin, cofondateur de la DCI, a lui-même sollicité directement Epstein en décembre 2015, lui demandant de financer ses recherches et d’apprendre « comment les marchés financiers fonctionnent vraiment ».

Ito cachait le nom d’Epstein dans les bases de données du MIT et le désignait sous le surnom « Voldemort » dans la correspondance interne. Le journaliste d’investigation Ronan Farrow a révélé que le MIT Media Lab avait en réalité reçu 7,5 millions de dollars de Epstein: bien plus que les 850 000 officiellement déclarés. Ito a démissionné en septembre 2019.

Le même courriel d’Ito mentionnait qu’un des développeurs core avait briefé le président des États-Unis à la Maison-Blanche sur Bitcoin. Epstein savait donc qui avait l’oreille du pouvoir exécutif sur la politique crypto, et c’étaient des gens qu’il finançait.

Un réseau tentaculaire

Les documents révèlent qu’Epstein recevait des informations ou des sollicitations d’investissement de pratiquement chaque couche de l’écosystème Bitcoin. Des documents confidentiels de BitFury, l’un des plus grands opérateurs de mining au monde, lui ont été présentés, détaillant les statistiques d’adoption de 2014. Des pitchs de Bitmain, le géant chinois du hardware de mining fondé par Jihan Wu et Micree Zhan, figurent également dans ses fichiers. Une présentation pour le « premier exchange Bitcoin régulé par le NYDFS » à New York a aussi atterri sur son bureau.

Du côté bancaire traditionnel, des courriels de 2017 et 2018 montrent un pipeline d’information active entre Deutsche Bank Securities et le réseau d’Epstein sur les opportunités crypto, incluant des invitations à des événements « Bitcoin and Blockchain » organisés par la banque à New York. Deutsche Bank était la principale institution bancaire d’Epstein et a payé 75 millions de dollars pour régler un procès lié à son rôle dans le réseau de trafic.

Ce que les fichiers prouvent et ne prouvent pas

Un courriel prétendument envoyé par Epstein à Ghislaine Maxwell le 31 octobre 2008, jour de la publication du whitepaper de Bitcoin, disant « le pseudonyme ‘‘Satoshi‘‘ fonctionne parfaitement» a circulé viralement sur les réseaux sociaux. Il s’est avéré être un faux, avec des erreurs techniques évidentes. Il n’existe aucune preuve qu’Epstein ait écrit le whitepaper de Bitcoin, miné les premiers blocs, ou contrôlé les clés cryptographiques de Satoshi Nakamoto.

Ce que les fichiers prouvent, en revanche, c’est qu’au moment exact où Bitcoin traversait sa plus grave crise institutionnelle, l’effondrement de la Bitcoin Foundation en 2015, l’argent d’un pédocriminel condamné est devenu le principal soutien financier des développeurs qui maintenaient le protocole. Que cet argent transitait par un directeur de labo du MIT qui cachait activement la source des fonds. Que le même individu était simultanément investi dans l’infrastructure (Blockstream), les exchanges (Coinbase), connecté au mining (BitFury, Bitmain), aux stablecoins (via Brock Pierce et Tether), à la banque traditionnelle (Deutsche Bank), et au pouvoir politique.

Bitcoin reste un protocole décentralisé, maintenu par des milliers de contributeurs à travers le monde. Le réseau n’appartient à personne et c’est exactement pour ça qu’il a survécu à Epstein. Le code est ouvert, les transactions sont vérifiables, et aucun pédocriminel milliardaire n’a jamais pu le corrompre. L’argent sale a financé des hommes, pas le protocole.

Tous les documents cités sont accessibles dans la bibliothèque Epstein du Département de la Justice américain: https://www.justice.gov/epstein

EFTA02186267, EFTA02187006 (calendrier Amir Taaki), EFTA00701326 (rapport BCE), EFTA02721032 (Sinofsky), EFTA02678974 (Silbert). EFTA02348176 (Kahn/Pierce/Coinbase), EFTA01142094 (Pierce activités). EFTA00680068 (Ito à Epstein, DCI), EFTA02593836 (Ito présente Rubin), EFTA02359507 (Rubin/Bitcoin/banque islamique). EFTA01088054 (BitFury), EFTA01004534 (Bitmain), EFTA01201053 (NYC Exchange), EFTA01370793 (Deutsche Bank), EFTA02585621/EFTA00993615 (recherche Google manipulation), EFTA02573425 (article Steemit).

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Julien Garon-Carrier

Fondateur d’Indocile Média

Journaliste et auteur, formé en communication et en science politique, engagé à défendre une information libre et sans compromis.

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