L’interdiction du gouvernement Carney de laisser le premier ministre du Québec prononcer un discours lors du sommet Canada-Union européenne, qui débute à Montréal aujourd’hui, n’est pas un hasard, mais un test à l’endroit du gouvernement du Québec et l’expression d’une volonté politique.
Cela fait plusieurs semaines que l’on sait que le sommet Canada-UE va se tenir à Montréal, à la fin du mois d’octobre. Et lorsqu’il est question de politique, il est rarement question de hasard. Le gouvernement Carney savait très bien que nous aurions une administration péquiste, au lendemain du 5 octobre.
Le choix de Montréal pour tenir ce sommet n’est pas anodin. C’est aussi la ville dans laquelle le PM du Québec a été élu. En choisissant cette ville pour la rencontre, Carney voulait peut-être tester la réaction du nouveau gouvernement péquiste. Allait-il afficher sa combativité ou sa soumission à l’ordre géopolitique canadien ? Dans tous les cas, c’est un affront au Québec.
Mark Carney appartient au courant du globalisme, lorsqu’il se rend en Chine ou en Irlande, ou dans les grands forums internationaux, il discute ouvertement du nouvel ordre mondial. Or, le globalisme est l’ennemi juré du nationalisme. Le PQ, par essence, n’a pas le choix d’appartenir à ce dernier courant s’il veut réaliser l’indépendance du Québec. La confrontation Québec-Ottawa possède donc un caractère fondamental : ou bien vous êtes une province comme les autres et Ottawa vous écrase, ou bien vous gouvernez selon les intérêts de votre peuple.
Ainsi, lorsque la nouvelle est tombée que Mark Carney eût refusé à Paul St-Pierre Plamondon de prendre la parole au sommet Canada-UE, j’ai publié une liste de suggestions, que j’ai balancée sur les réseaux sociaux.
Premièrement, le gouvernement de l’État du Québec aurait dû appeler l’Assemblée nationale d’urgence afin de voter une motion de blâme contre Ottawa, puisque l’appui des autres partis a aussi un poids symbolique. C’est tout le Québec qui parle d’une seule voix. Naturellement, le gouvernement vient d’être élu et la nouvelle législature n’a pas encore siégé, mais il aurait été possible de manoeuvrer quand même.
Deuxièmement, le gouvernement de l’État du Québec aurait très bien pu organiser un cocktail en marge du sommet pour rencontrer les dignitaires et diplomates de l’UE, afin de ne pas laisser le jeu de la représentation internationale entre les mains d’Ottawa.
Troisièmement, le gouvernement de l’État du Québec aurait pu émettre un décret pour forcer la Ville de Montréal à parsemer de drapeaux du Québec les rues aux alentours de l’endroit où se tient le sommet. Un joli comité d’accueil pour le gouvernement canadien et une victoire symbolique pour rappeler à Carney, qu’ici, vous êtes sur le territoire du Québec.
Bien sûr, les anglophones sont venus m’insulter sous ce post sur les réseaux sociaux, parce qu’ils ne comprennent pas le particularisme identitaire de chacune des provinces dans un pays qui est une fédération, et non un État unitaire. C’est d’ailleurs l’essence de la constitution de 1867. Il n’y a que l’Alberta qui se souvienne aussi.
Pourquoi est-ce ainsi ? Parce que le Canada a fait du « nation building » et que l’identité canadienne s’est transmise partout sur le territoire. C’est un phénomène sociologique. Mais sans trop se tromper, on peut dire que le Québec est pratiquement la seule province à avoir conservé son particularisme.
Les Canadiens fédéralistes devraient comprendre cela et devraient le comprendre vite. Parce que le désir de faire du Canada un État post-national n’a pas disparu depuis que Mark Carney a remplacé Justin Trudeau. Il s’est raffermi. Et c’est ce nouveau « nation building » qui est à l’œuvre au gouvernement fédéral aujourd’hui, en ce moment même.
Lutter pour son identité et sa culture, c’est résister au globalisme, s’en extirper par des moyens politiques, c’est s’émanciper au nom d’un idéal. C’est offrir aux siens la légitimité d’exister et la pérennité de traverser les siècles avec son État national. Cette cause transcende les peuples et l’histoire. Il est temps pour l’État du Québec d’entrer dans une nouvelle phase de construction par l’indépendance incrémentale.











