De gauche à droite : Michel Juneau-Katsuya, ex-agent du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), Phil Gurski, cumule 30 ans de service au Centre de la sécurité des télécommunications et au Service canadien du renseignement de sécurité, Dean Baxendale, l’éditeur d’Optimum Publishing International, et Jack Jedwab, président et chef de la direction de l’Association d’études canadiennes et de l’Institut Metropolis.
D’anciens agents du renseignement et des intellectuels mettent en garde la société canadienne sur les risques du terrorisme intérieur et l’infiltration du pays à travers les communautés ethniques.
Une conférence de presse qui s’est tenue sur la Colline parlementaire à Ottawa, le 9 septembre, est passée sous le silence médiatique le plus complet, mais les propos des intervenants et la crédibilité qu’on doit leur accorder devraient interpeller tout le monde.
Vaincre le prétexte du racisme
Vingt-cinq ans après les attentats du 11 septembre, Dean Baxendale, l’éditeur d’Optimum Publishing International, une maison d’édition de Toronto qui se spécialise dans les essais sur la sécurité nationale, soutient que la menace est toujours présente, mais qu’elle s’est transformée avec le développement des capacités technologiques.
« Le Canada doit faire face à l’ingérence étrangère, à l’espionnage, aux cyberattaques, à la répression transnationale, aux attaques contre les infrastructures critiques, au vol de propriété intellectuelle et aux tentatives d’États autoritaires de manipuler nos institutions démocratiques. »
Il avance qu’on ne doit pas avoir peur de nommer les choses par crainte d’être traité de raciste simplement parce que certains individus issus de diasporas ethniques seraient reconnus pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire des personnes en quête de représailles, des criminels ou des espions.
Baxendale affirme aussi que « la sécurité nationale ne se résume pas aux services de renseignement ou à la police. Elle concerne les communautés, la cohésion sociale, la radicalisation, la confiance du public et la manière dont un pays démocratique lutte contre l’extrémisme sans renoncer aux libertés qui nous distinguent de ceux qui cherchent à les saper. » Il convie le Canada à sortir de la complaisance.
Prendre les terroristes au pied de la lettre
L’analyse sociologique de Jack Jedwab, président et chef de la direction de l’Association d’études canadiennes et de l’Institut Metropolis, consiste à ne pas surinterpréter les gestes des terroristes, mais plutôt à les prendre au pied de la lettre.
Il soutient qu’on ne doit pas analyser les motivations des terroristes sous l’angle des sciences sociales en tentant d’expliquer leurs gestes par « la pauvreté, les inégalités, l’humiliation, l’occupation, les politiques étrangères occidentales, le colonialisme » ou une combinaison de ces substantifs.
« Avant d’inventer des motivations pour rendre les actes terroristes plus compréhensibles à nos yeux, nous devrions prendre au sérieux les motivations qu’ils [les terroristes] proclament eux-mêmes », déclare-t-il.
Jedwab croit que « les idéologies des perpétrateurs sont discréditées, tandis que des observateurs extérieurs prétendent mieux connaître leurs véritables motivations que les terroristes eux-mêmes ». Il souligne que cela devient donc une rationalisation pseudo-intellectuelle plutôt qu’une explication.
« Cette distinction est cruciale, car tous les conflits ne sont pas de simples malentendus qui se résolvent par la satisfaction de besoins concurrents. Certains mouvements extrémistes qualifient leurs luttes d’irréconciliables. Leur objectif n’est pas de parvenir à un meilleur compromis avec un adversaire, mais de le vaincre, de l’éliminer et de le détruire », a expliqué Jedwab.
Terrorisme islamiste
Phil Gurski, un agent à la retraite des services du renseignement canadien, souligne que depuis le 11 septembre 2001, il y a eu des dizaines de milliers d’attaques terroristes dans le monde entier, tuant plus de 100 000 personnes. « Et la grande majorité de ces attaques ont été perpétrées par des jihadistes, des extrémistes islamistes. C’est ainsi qu’il faut les appeler », a-t-il déclaré sans détour.
Il avance d’ailleurs que le terrorisme à l’échelle mondiale est principalement de nature jihadiste. Gurski croit que les Canadiens doivent porter attention à ces menaces et développer une culture de la sécurité, soulignant que la sécurité nationale est fondamentale pour notre liberté et notre démocratie.
Sécurité provinciale et cohérence judiciaire
Michel Juneau-Katsuya (ex-SCRS) a pour sa part plaidé pour une extension de la culture de la sécurité aux provinces, où chaque premier ministre devrait avoir un conseiller en sécurité nationale.
« Les provinces ont sur leur territoire l’autorité de protéger leurs concitoyens. Et pourtant, ces groupes extrémistes ou ces espions qui viennent nous voler notre propriété intellectuelle opèrent sur le territoire provincial et il n’y a aucune conversation substantielle entre le fédéral et les provinces », a-t-il dit.
Juneau-Katsuya plaide aussi pour des peines harmonisées lorsqu’il est question de sécurité nationale. Il donne en exemple le cas de Jeffrey Delisle, qui a espionné pour le compte des Russes pendant trois ans et a écopé de 20 ans de prison, alors que Cameron Ortis, qui était le chef du renseignement de la GRC a écopé de 15 ans pour avoir vendu des secrets des Five Eyes à des organisations criminelles et terroristes. Il cite le juge John Major lorsqu’il qualifie la culture de la sécurité nationale de juvénile au Canada et appelle au leadership du gouvernement et à la sensibilisation de la population.











