Les lunettes augmentées par intelligence artificielle de la compagnie Meta provoquent une polémique mondiale, alors qu’une équipe de journalistes suédois a dévoilé qu’elles filment, enregistrent et transfèrent le contenu quotidien des utilisateurs, notamment des scènes intimes et sexuelles. Les enregistrements, eux, se retrouvent sur les écrans des sous-traitants de Meta au Kenya.
Lancées à l’automne 2025 au Canada, les Ray-Ban Meta Gen 2 ont récemment fait l’objet d’une enquête journalistique conjointe par deux des plus grands quotidiens de Suède, le Svenska Dagbladet et le Göteborgs-Posten, révélant des failles inquiétantes en matière de vie privée.
Les journalistes ont travaillé avec des sources anonymes de la firme Sama, un sous-traitant de Meta situé au Kenya, et dont les employés ont accès aux contenus des enregistrements, que ce soit du matériel audio ou vidéo, pour entraîner l’intelligence artificielle. Par exemple, dans une vidéo filmée dans une chambre avec une lampe, l’employé de Sama doit pointer l’objet sur un écran et dire à l’IA, « ceci est une lampe ». Autrement dit, les données d’entraînement ont une véritable valeur, bien plus grande que les lunettes elles-mêmes. Mais soyons clairs, les lunettes ne filment que lorsqu’elles sont activées par commande vocale ou encore manuellement avec un bouton.
Ainsi, des employés de Sama ont confié aux journalistes que des individus ont été filmés aux toilettes, que des lunettes déposées sur une table de chevet avaient filmé une femme en train de se dévêtir, que des ébats sexuels avaient aussi atterri sur leurs écrans, que des informations confidentielles, comme des numéros de cartes bancaires, s’étaient retrouvées dans les enregistrements qui servent à entraîner l’IA. Tout ça alors que les visages ne sont pas toujours flous.
D’anciens employés de Meta ont indiqué aux journalistes que parfois l’algorithme pouvait « bugger » et ne pas détecter les visages à flouter. Dans ces situations, les atteintes à la vie privée sont totales.
Un usage connecté et un consentement forcé
Les équipes du Svenska Dagbladet et du Göteborgs-Posten se sont elles-mêmes procuré les lunettes de Meta. Deux constats principaux ressortent de leurs observations. D’une part, il est impossible d’utiliser la technologie IA dans les lunettes sans connexion internet. Lorsque vous vous adressez à elle en disant « hey meta », les requêtes que vous lui envoyez doivent circuler par les serveurs de Meta, peu importe le pays dans lequel vous êtes, et nécessairement, les réponses que les lunettes vous fournissent aussi. Donc, aucune utilisation locale, une évidence technique que Meta omet de mentionner.
D’autre part, le consentement à la transmission des données pour pouvoir utiliser les lunettes est obligatoire, c’est-à-dire qu’il est impossible de le refuser, tout en conservant l’accès à l’IA de Meta. Les conditions de Meta stipulent que les interactions avec l’IA peuvent faire l’objet d’une révision « automatisée ou manuelle (humaine) ». L’IA peut stocker et utiliser les informations partagées, et l’utilisateur est invité à ne pas partager de données sensibles. La durée de conservation et l’identité des personnes ayant accès aux données ne sont pas précisées.
Quant à la réponse de Meta, la compagnie a répondu par l’entremise de sa porte-parole de Londres, après deux mois de relances. Elle a tout simplement renvoyé à la politique de confidentialité et à ses conditions d’utilisation.
Posséder les Ray-Ban Meta Gen 2, c’est accepter de partager son quotidien avec une multinationale, du geste le plus banal à celui le plus intime, qui utilise les données des utilisateurs sans précautions pour la vie privée.











