Le porte-avion USS Gerald R. Ford. Crédit photo: Marine américaine
L’administration Trump gonfle ses muscles dans la Mer des Caraïbes et dans l’est de l’Océan Pacifique depuis près de deux mois, mobilisant l’armée pour bombarder des « speed boats » qui transportent supposément des cargaisons de drogue en provenance du Venezuela. Mais derrière ses exécutions extrajudiciaires en eaux internationales se cache l’hydre du néo-conservatisme américain, dont l’objectif a toujours été le changement de régime.
L’armée américaine a détruit un peu moins de 20 navires dans la Mer des Caraïbes et dans l’est de l’Océan Pacifique, faisant près d’une centaine de morts en deux mois. Pour le président Trump c’est une question de sécurité nationale, puisque les narcotiques qui entrent aux États-Unis déciment des dizaines de milliers de personnes chaque année. À titre d’exemple, les opioïdes synthétiques ont causé un peu plus de 70 000 morts par année aux États-Unis, entre 2021 et 2024.
Il est vrai que le Venezuela est un lieu de transit important pour le trafic de cocaïne, soit entre 200 et 250 tonnes métriques en 2020, ce qui représente entre « 10 % et 13 % de la production mondiale estimée », selon un rapport du Département d’État américain.
Le Venezuela n’est cependant pas le principal joueur à abattre sur la scène internationale en matière de trafic de stupéfiants et la drogue que ce pays exporte n’est pas celle qui tue tant d’Américains. D’ailleurs, le Venezuela n’exporte pas 100 % de ses cargaisons de cocaïne uniquement aux États-Unis, mais bien partout dans le monde. Sans dire que l’apport des livraisons de drogue à partir du Venezuela vers les États-Unis est insignifiant, on peut logiquement déduire qu’il ne représente pas un danger à la sécurité nationale.
Changement de régime
L’objectif réel de l’administration Trump derrière toutes ces manœuvres, c’est un changement de régime pour démettre de ses fonctions Nicola Maduro, le président du Venezuela, et probablement y instaurer quelqu’un qui sera favorable aux intérêts américains.
Après tout, on ne déploie pas des destroyers, des porte-avions et environ 10000 militaires le long des côtes d’un pays uniquement pour y abattre des « speed boats » transportant quelques kilos de cocaïne, ça ne fait aucun sens. Sans compter que le plus grand porte-avion américain, le USS Gerald R. Ford, est en cours de déploiement dans la zone en question.
Le prétexte du narco-trafic n’a dupé personne et certainement pas les Russes, qui ont stationné deux destroyers à proximité du Venezuela, selon le colonel Douglas Macgregor, conseil sénior au secrétaire de la Défense lors du premier mandat de Trump.
Doctrine Monroe et multipolarisme
L’administration Trump s’accroche à la doctrine Monroe, qui stipule que les Amériques ne sauraient souffrir la présence d’aucune autre grande puissance que celle des États-Unis. Mais le monde change, l’hégémonie de l’empire américain arrive à échéance. Et nous sommes déjà entrés dans ce qui convient d’appeler le multipolarisme : le Japon et l’Inde n’arrêteront pas d’acheter du pétrole aux Russes et le Venezuela de faire du commerce avec la Russie et la Chine.
Déplacer des navires de guerre est un immense spectacle, lorsque les puissances du bloc opposé, à savoir les Russes et les Chinois, ont des capacités balistiques probablement capables de détruire à distance la flotte américaine à proximité du Venezuela, avec des missiles hypersoniques qui peuvent voyager sur des milliers de kilomètres. Le fait que les Russes aient stationné deux navires de guerre dans le secteur est un signal très clair à cet effet.
Il faut être réaliste, une invasion amphibie avec un débarquement sur les côtes du Venezuela n’est pas envisageable. Ce pays compte environ 110 000 militaires en service. Que ferait l’armée américaine dans le contexte d’un débarquement avec un ratio de 1 pour 10? Une campagne de bombardement avec des missiles tomahawk. Peut-être bien, mais est-ce suffisant pour un changement de régime? D’autant plus, si l’objectif consiste à accaparer les ressources naturelles du pays, il faut un contrôle du territoire effectif, ce qui signifie des bottes sur le terrain.
D’un point de vue de la philosophie politique, on peut saluer la gouvernance nationale populiste de l’administration Trump. Elle redonne une lueur d’espoir aux pays occidentaux pour mettre de l’avant des politiques conservatrices et prioriser la nation et le peuple, contre l’agenda globaliste postnational et postmoderne avec l’immigration de masse et le wokisme.
Mais les vestiges du néo-conservatisme et d’impérialisme qui gangrènent son cabinet se situent à l’opposé de cette vision du monde. Il faudrait s’en départir et se concentrer sur la politique intérieure.











