Le film La Bataille de Gaulle livre le témoignage poignant d’un homme d’État plus grand que nature, qui n’avait aucune autre ambition que la sauvegarde et la grandeur de la France. La droiture dont il a fait preuve était l’incarnation parfaite de la raison d’État, une vertu qui s’imposait au destin pour accomplir l’épopée qui fut la sienne, mais dont on peine à trouver trace chez nos contemporains politiques.
Le décor est planté dès l’ouverture du film. De Gaulle, encore colonel à ce moment, commande une division de blindés improvisée direction Montcornet pour attaquer le flanc gauche des troupes du général allemand, von Kleist, alors que Guderian fonce vers la Manche pour couper le front des Alliés en deux. De Gaulle n’aura accompli que de courts succès tactiques, en mai 1940 — privé de DCA et d’une aviation digne de ce nom — sans impact stratégique. Il fut néanmoins nommé général le 1er juin.
De Gaulle se sauve en Angleterre, d’où il s’adresse aux Français par la radio de la BBC. Bientôt l’armistice est signé par Pétain. De Gaulle tente tant bien que mal d’organiser un gouvernement de la France libre en exil, mais la communauté des expatriés et le gratin consulaire le répudient.
Contre mauvaise fortune bon cœur. De Gaulle est un battant. Ses adresses radiophoniques au peuple français ne sont pas tombées dans l’oreille d’un sourd. Bientôt, il rassemble autour de lui une poignée de militaires. Churchill le soutient et lui accorde la reconnaissance du gouvernement anglais. Il tente de prendre l’Afrique-Occidentale française et le port de Dakar, où l’or de la France est entreposé. Mais les batteries côtières et le Richelieu, cuirassé inachevé réfugié dans le port, resté fidèle à Vichy, auront raison de l’expédition.
Sur son chemin, de Gaulle ne rencontre que des embûches. En froid avec Churchill et tenu à distance par Roosevelt, il enrage les Américains lorsqu’il prend Saint-Pierre-et-Miquelon aux vichystes : un coup de force minuscule militairement, mais énorme symboliquement. La France Libre agit en souverain et non en vassal.
Il aura quand même sa victoire en Libye, à Bir Hakeim, où 3700 hommes formés de deux bataillons de la Légion étrangère, la première brigade de la France libre de Kœnig, ainsi qu’un condensé de l’empire rallié tiendront tête aux troupes de Rommel durant 16 jours et 16 nuits — permettant à la 8e armée anglaise de se retirer vers l’Égypte à El Alamein.
C’est le retournement symétrique de Dakar : ce que le fiasco de 1940 lui avait retiré, Bir Hakeim le lui rend. À Londres, les Anglais l’acclament, Churchill utilise cette victoire française aux Communes. La BBC en fait un événement. Mais ce n’est qu’un début. La conquête du pouvoir n’est pas faite et il y a encore loin de la coupe aux lèvres.
Pour de Gaulle, rien n’a été facile. C’est par force et grandeur d’âme que cet homme s’est distingué, mais aussi, et surtout, parce que la dévotion envers sa patrie était pour lui un élément transcendant, qui importait plus que sa propre vie. C’est cette passion qui lui a donné le courage et la persévérance d’avancer dans l’adversité, envers et contre tous.
Que nous révèle ce film sur nous-mêmes et notre époque ?
Qu’en ces temps difficiles que traverse tout l’Occident, c’est cette même transcendance qui doit habiter les hommes qui sauveront les nations libres des Amériques et d’Europe de l’emprise globaliste. C’est cette même transcendance qui motivera leur courage et leur persévérance.
Une situation politique peut toujours être retournée lorsque des hommes de principes, incorruptibles dans leur fondement, et dont la raison d’État se confond avec l’intérêt national, prennent en charge la destinée d’une nation.
On dit que l’époque de l’honneur est révolue et que les hommes de la trempe du général de Gaulle n’existent plus. Mais qu’était-il, en juin 1940 ? Un colonel promu de la veille, sans troupes, répudié par les siens et condamné à mort. Personne ne l’attendait. C’est l’épreuve qui l’a fait devenir l’homme qu’il est devenu et non l’inverse.











