La campagne électorale vire souvent au ridicule et ce n’est pas à cause du manque de talents des chefs de partis, mais parce que les journalistes font la job de bras des fouille-merdes de la CAQ, qui a probablement du personnel politique qui arpente les réseaux sociaux à la recherche des bévues des candidats, à temps plein.
Voilà un peu plus d’une semaine que la campagne électorale a débuté et l’agenda médiatique est régulièrement confisqué par des phénomènes de moindre importance, comme les déclarations passées de certains candidats. Les journalistes qui jouent dans ce film jour après jour sont clairement manipulés par les faiseurs d’opinions et font dévier le dialogue des vrais enjeux de la campagne, c’est-à-dire les propositions des partis et le bilan de la CAQ.
Depuis le début des élections, les seuls candidats, ou presque, dont on a entendu parler dans les médias pour des gestes ou des propos répréhensibles sont issus du PQ, du PLQ et du PCQ.
La CAQ et ses fouille-merdes
Ce n’est pas une coïncidence si la CAQ n’est pas affectée, parce que ce serait elle l’instigatrice du discrédit. Il est évident que les journalistes n’ont pas recherché eux-mêmes ces informations, tout simplement parce que la plupart des rédactions sont en sous-effectifs et sont déjà débordées avec l’actualité régulière.
Qui va prendre le temps d’aller écouter un podcast de trois heures qui date de quatre ans du candidat du PQ, François Gariépy, pour voir s’il a dit quelque chose de travers ? Et finalement, y découvrir qu’il a employé le mot « squaw », alors qu’il racontait une histoire que sa mère lui a contée lorsqu’il était jeune. Étrangement, par contre, lorsque c’est la candidate de la CAQ, Geneviève Pettersen, qui a utilisé le mot dans un de ses romans, c’est silence radio sur toutes les tribunes. Un double standard qui révèle l’hypocrisie des médias.
Le mot «squaw» serait par essence raciste ?
— Christian Rioux (@ChristianRioux7) August 31, 2026
Saviez-vous qu’on le retrouve sous la plume de Geneviève Petterson, candidate de la CAQ dans L’Assomption ?
Lisez ma Lettre à François Gariépy https://t.co/r5qyvJQVu7 pic.twitter.com/MIbMQa6BSa
Bref, ce n’est pas du travail journalistique, ça, c’est du travail de fouille-merdes. Ces fouille-merdes seraient à toute fin pratique du personnel politique de la CAQ qui arpente l’internet à la recherche de la moindre bévue des candidats des autres partis, pour ensuite couler l’information à leurs petites plugs dans les médias.
Évidemment que la CAQ est la formation politique qui a le plus à gagner à jouer ce petit jeu dégueulasse, parce qu’elle a huit ans de bilan catastrophique à faire oublier. C’est aussi le parti qui a probablement la meilleure machine électorale et les meilleures finances. Elle peut donc se permettre de payer des employés pour fouiller dans les poubelles à temps plein.
Une démocratie mal en point
Le problème avec une telle pratique, c’est que la campagne en est à sa neuvième journée et il ne s’est pas écoulé un seul jour sans que des propos controversés d’un candidat prennent de l’espace médiatique. Et c’est grave, parce que le public est en droit d’avoir une information juste et éclairée sur ce que proposent les partis, et non d’être absorbé par des épiphénomènes qui tentent de dépeindre une image sur la forme — d’accoler des étiquettes — sans s’attarder au fond des choses.
Par exemple, Éric Duhaime fait un point de presse de 36 minutes dans le Vieux-Québec. Il annonce la réduction des barrières interprovinciales pour favoriser le commerce et engendrer des économies aux entreprises du Québec, de l’ordre de 15 milliards de dollars. Son annonce dure environ 14 minutes et les sept ou huit premières minutes de la période de questions, par la suite, ont presque exclusivement porté sur le passé des candidats du PCQ, et sur le fait que le chef du PQ a fait des dons au Parti libéral du Canada lorsqu’il était avocat.
Duhaime a même dû ramener à l’ordre les journalistes en leur disant que la période de questions achevait et qu’aucune interrogation n’avait encore porté sur l’annonce qu’il venait de faire. La même journée, il a rédigé une publication sur les réseaux sociaux pour dénoncer l’état des choses, publication qui a été reprise par le chef du PQ et qui abondait dans le même sens.
Je suis d'accord avec Éric Duhaime et je me fous également des mésaventures des candidats du PCQ en 2014, ou de ceux des autres partis.
— Paul St-Pierre Plamondon (@PaulPlamondon) September 2, 2026
On en a assez vu des diversions anecdotiques concoctées par la CAQ pour nous empêcher de parler de leur bilan et de mener campagne sur nos… https://t.co/xt5H7okkmz
Sans dire que les propos passés des candidats n’ont aucune importance, une telle dynamique électorale est néfaste à cause de l’ampleur qu’elle prend dans l’espace public cette élection-ci. Elle dévie l’intérêt public de ce qui compte réellement pour les choix démocratiques que notre société doit prendre, en élisant un parti pour diriger l’État du Québec.
Pire encore, cette tactique est probablement mise en place par la CAQ, ce qui fait ressortir d’autant plus sa volonté d’instrumentaliser l’élection. Et les journalistes qui embarquent dans ce manège ne sont pas mieux — eux qui devraient servir de quatrième pouvoir — participent pleinement à cette grande distraction.











