La féminisation des postes de dirigeants et des professions qui étaient traditionnellement occupés par des hommes serait une des explications principielles du wokisme qui s’expliquerait par les manières différentes dont les hommes et les femmes règlent leurs conflits et interagissent au quotidien.
Selon Helen Andrews, une commentatrice politique conservatrice et auteure américaine, la disparité d’attitude générale entre les hommes et les femmes permet de comprendre les principes sous-jacents au wokisme, au fur et à mesure que les places de travail se féminisent.
On pourrait croire que le wokisme découle uniquement des théories postmodernes qui ont cours depuis les années 1980, mais Andrews propose une explication différente. Pour elle, son expression concrète dans les institutions est un phénomène récent, directement lié à la féminisation démographique. La première annulation en serait d’ailleurs la preuve : celle qui a mené à la démission de Larry Summers de la présidence de l’Université Harvard, en 2006.
Lors d’une conférence au début de l’année 2005, Summers avait dit que la sous-représentation des femmes dans les sciences dures était en partie attribuable aux différences d’aptitudes ainsi qu’aux différences de goûts entre les hommes et les femmes. Certaines professeures qui œuvrent dans ces champs de connaissance ont été choquées par ces propos, ont contacté un journaliste, l’affaire est devenue polémique et le reste appartient à l’histoire.
Ce qui importe dans cette histoire, c’est de comprendre comment ces professeures ont obtenu la tête de Summers. Par exemple, Nancy Hopkins, biologiste au MIT, était dans la salle lors de la conférence et a déclaré que, lors de l’allocution de Summers, elle n’arrivait plus à respirer. Or, des experts étaient intervenus à l’époque pour affirmer que les propos de Summers étaient tout à fait rationnels et vérifiables scientifiquement. Après tout qu’il y ait des différences entre les hommes et les femmes ne devrait surprendre personne.
Mais rien n’y a fait. Sur la base du « ressenti » de professeures issues de la gent féminine, Summers a peut-être bien été la première cancellation du courant woke. « La culture de l’annulation est simplement ce que font les femmes lorsqu’elles sont suffisamment nombreuses dans une organisation ou un domaine donné », a écrit Andrews dans un article intitulé La grande féminisation.
Elle considère que le wokisme n’est que l’application de comportements féminins à des institutions où les femmes étaient peu nombreuses historiquement, autrement dit, c’est l’avènement d’un modèle de gouvernance féminin.
La journaliste américaine distingue les cas exceptionnels où les femmes ont brisé le plafond de verre dans certains domaines à partir des années 1960 et le moment où elles deviennent majoritaires dans un secteur d’activité. Elle note, par exemple, que les femmes sont devenues majoritaires dans les facultés de médecine en 2019, tout comme dans la main-d’œuvre diplômée aux États-Unis la même année, et parmi les enseignants universitaires en 2023. Et c’est ça la différence.
Elle soutient que le wokisme consiste en fait à prioriser le féminin sur le masculin, c’est-à-dire l’empathie sur la rationalité, la sécurité sur le risque, la cohésion sur la compétition. Vous aurez compris les implications de cela lorsque les femmes deviennent majoritaires dans un environnement donné. Ainsi, les dynamiques de groupe féminines favorisent le consensus et la coopération. C’est bien, mais pas en situation de conflit. Contrairement aux hommes qui sont à l’aise avec les conflits ouverts, les femmes « sapent ou ostracisent secrètement leurs ennemis », écrit-elle.
Andrews cite le livre de la psychologue Joyce Benenson, Warriors and Worriers: The Survival of the Sexes, dans le but d’expliquer les différences entre les sexes dans ce domaine. « Les hommes ont développé des dynamiques de groupe optimisées pour la guerre, tandis que les femmes ont développé des dynamiques de groupe optimisées pour la protection de leur progéniture ».
Une étude qu’a menée Benenson dans un laboratoire avec différents groupes de personnes s’avère particulièrement pertinente à cet effet. Un groupe d’hommes qui doit résoudre un problème va lutter pour le temps de parole et les participants vont signaler leur désaccord bruyamment entre eux, même si, à la fin une solution commune sera joyeusement remise à l’expérimentateur. Un groupe de femmes confronté à la même tâche sera plutôt axé sur la bonne entente. Les femmes vont s’enquérir poliment du parcours personnel des autres en échangeant des sourires et des regards amicaux, mais en accordant peu d’attention à la tâche présentée par l’expérimentateur.
Ainsi, les dynamiques de groupe féminines sont axées sur la bienveillance, mais peu sur les résultats, alors que c’est l’inverse chez les hommes : la dynamique est dure, mais efficace.
Mais que se passerait-il si des domaines comme la justice et la politique devenaient majoritairement féminins ? Poser la question, c’est y répondre, une forme d’empathie suicidaire s’y installerait, alors même que ce sont les femmes (et les enfants) qui paient davantage les frais du laxisme judiciaire que les hommes.
La grande féminisation est véritablement sans précédent, nous dit Helen Andrews, allant même jusqu’à affirmer que c’était une menace civilisationnelle, puisque les modes d’interactions féminins sont inadaptés à l’accomplissement des objectifs des grandes institutions.
Et pourquoi et comment cela est-il possible ? À cause des lois anti-discriminations qui obligent les entreprises et les organisations à engager un certain nombre de femmes, un certain pourcentage de femmes. Dans le cas contraire, elles pourraient se faire poursuivre en justice.
Autrement dit, ce château de cartes tient artificiellement à cause de la normativité législative. Un simple changement aux lois et tout s’écroule.
Implicitement, la gouvernance féminine féminise les hommes aussi. Il n’est donc pas rare de voir des hommes wokes adopter des comportements féminins. Ça pourrait être anecdotique, mais à l’échelle des organisations et des institutions, ça devient un véritable problème pour les garçons et les hommes, puisque l’environnement social devient psychiquement inadapté à ce qu’ils sont.
Les cours d’école hyper-sécuritaires, où le garçon ne peut pas être ce qu’il est fondamentalement. Ou encore un jeune homme qui voudrait étudier dans un domaine à majorité de femmes, mais qui risquerait de se faire annuler s’il exprime trop directement son désaccord sur certaines choses lors d’échanges en classe.
Il ne s’agit pas de fermer la porte au nez des femmes, qui sont aussi intelligentes et performantes que les hommes, mais en matière de gouvernance, ça ne fonctionne pas.
« Rendons l’embauche méritocratique en substance […] rendons légal le fait d’avoir une culture de bureau masculine à nouveau », écrit Andrews. On ne saurait viser plus juste.











