Les différences civilisationnelles sont à l’origine des problèmes expliqués dans le rapport de l’École de leadership et de recrues des Forces canadiennes (ÉLRFC) : un instructeur qui a côtoyé le peloton composé à 83 % d’étrangers nous a confié exactement ce qui n’allait pas.
Le peloton problématique qui est au cœur du rapport qui a été coulé dans les médias était composé en vaste majorité de Camerounais, de quelques recrues de la Côte-d’Ivoire, d’environ dix Québécois, deux Français et un asiatique.
« Tout le monde a eu la même impression parmi les instructeurs […] que c’était un peloton de fin d’année fiscale rempli de tout ce qui reste pour atteindre les chiffres », a admis d’entrée de jeu l’instructeur de l’école des recrues de Saint-Jean-sur-Richelieu.
Indocile Média a accepté d’accorder l’anonymat à cette source, afin qu’elle ne subisse pas de représailles de la part de l’Armée canadienne.
Les problèmes rencontrés au sein du groupe de 60 individus qui composaient ce peloton étaient variés et multiples. Au premier plan, la barrière du langage. Les recrues africaines avaient du mal à comprendre les directives des instructeurs, parce qu’elles sont habituées à parler un français différent de celui du Québec, tant sur les mots employés et leur signification que sur l’accent. Un problème qui évidemment allait dans les deux sens.
« Si l’instructeur dit à tout le monde de descendre de l’étage avec sa froque, mais que la moitié du peloton arrive avec le mauvais item, on vient de perdre 30 minutes le temps qu’ils y retournent », a expliqué l’instructeur, signifiant que ce genre de choses pouvait s’accumuler dans une journée et faire perdre du temps précieux de formation.
Ce type de problème est aussi survenu dans les pelotons anglophones, où des recrues étrangères ne parlaient pas anglais. L’instructeur qui s’est confié à nous donne l’exemple d’un individu en provenance de Jordanie qui avait fait faire l’entrevue des Forces armées canadiennes par son cousin, lui-même ne parlant pas un seul mot d’anglais. Cet individu s’est malgré tout retrouvé dans un peloton de formation à Saint-Jean!
Castes
Un des problèmes qui ont été rencontrés avec les recrues camerounaises tient au fait qu’elles appliquent leur compréhension du monde aux relations interpersonnelles, fondée sur une hiérarchie tribale, c’est-à-dire un système de castes, ce qui a provoqué des frictions entre Camerounais, mais aussi avec les recrues de Côte-d’Ivoire. « C’est clair que c’est incompatible avec l’Armée canadienne, on a déjà un système de hiérarchie […] il ne dépend pas de ta tribu, mais de ton grade », a déclaré l’instructeur des Forces armées canadiennes (FAC).
Égalité homme-femme
Comme le mentionnent le rapport et l’instructeur de Saint-Jean, il y a eu des manques de respect envers les instructeurs femmes. « Ils n’ont pas la même manière que nous de faire leur business avec les femmes », a-t-il dit, laissant entendre que les rapports entre hommes et femmes ne suivaient pas les mêmes codes culturels. Un autre problème consistait dans l’instruction théorique par une femme. Plusieurs refusaient d’écouter, d’apprendre ou de collaborer lorsque c’était une femme qui leur enseignait.
Ponctualité
Autre problème, la ponctualité. « On sait tous que quand tu viens d’une certaine région du monde, ça se peut que tu aies de la misère avec le timing », a-t-il affirmé. Naturellement, dire que les Africains ne sont pas ponctuels est une généralisation. Mais lorsqu’un même comportement se répète chez plusieurs individus d’un même groupe dans un contexte donné, la généralisation devient une observation factuelle. Et dans l’armée, comme le souligne l’instructeur, la ponctualité n’est pas une préférence culturelle, c’est un prérequis opérationnel dont tout le reste découle.
Lien de confiance
Certains instructeurs ont eu de la difficulté à établir un lien de confiance avec ces recrues, puisqu’elles ne détenaient pas la citoyenneté canadienne. « C’est sûr qu’il y en a qui n’étaient pas à l’aise de former des étrangers. Tu demandes s’ils sont ici pour espionner ou pour infiltrer l’armée », a confié l’instructeur. « Disons que ça ne favorise pas une formation optimale », a-t-il ajouté.
Celui-ci croit cependant que la décision récente des FAC (23 février 2026) de changer les règles de recrutement en obligeant les candidats à cumuler trois ans de résidence réelle au Canada est un pas dans la bonne direction.
Il souligne aussi qu’on ne doit pas blâmer les recrues, mais plutôt les politiciens et les gestionnaires qui ont mal piloté ce dossier, uniquement dans le but de faire gonfler les chiffres du nombre de personnes admises dans l’armée.











