Alexandre Cormier-Denis — l’auteur est une figure de proue de la droite nationale au Québec et co-fondateur du média alternatif, Nomos-TV.
Plusieurs souverainistes attribuent le refus de la sécession à l’argument de la « peur ». Cela est partiellement vrai quant aux questions économiques, mais c’est une vision réduite de la situation. En vérité – et ça ne me fait pas plaisir de le réaliser – les Québécois sont peu enthousiastes à la sécession pour des raisons plus complexes : l’amour et la fierté.
L’amour qu’ils ont pour le Canada et la fierté qu’ils ont d’être Canadiens. Pour eux, Ottawa, ce n’est pas « l’Autre », c’est eux-mêmes. Les premiers « Canadiens », c’est leurs ancêtres. Pas les immigrés pakistanais de Toronto, mais bien les habitants de la Nouvelle-France qui s’appelaient déjà « Canadiens » et voulaient des officiers nés au pays pour diriger leurs milices contre les Treize Colonies. Nos ancêtres combattaient déjà les colons américains avant même que la Guerre d’Indépendance ne pousse les loyalistes dans les Cantons de l’Est ou dans l’actuel Ontario. Les Canadiens de Montréal, c’est nous. La feuille d’érable aussi et le castor, tout comme le Ô Canada chanté pour la première fois à la St-Jean-Baptiste de 1880. C’est Mélanie Joly et François-Philippe Champagne qui sont au pouvoir à Ottawa, élus par les Québécois et non par l’Ouest.
La politique de ce pays est décidée par le « Canada central » libéral incluant le Québec et l’Ontario, alors que l’Ouest conservateur est traité comme une région périphérique dissidente du consensus national de gauche.
De plus, les Québécois sont très satisfaits du Canada social-démocrate, bon élève de l’ONU, « pacifiste » et vertueux, car ce pays leur ressemble puisqu’ils l’ont construit en grande partie. Cela est particulièrement vrai depuis l’arrivée au pouvoir du French Power dans les années 1960. Trudeau père a été envoyé à Ottawa par les Québécois pour détruire l’identité loyaliste traditionnelle britannique du Canada anglais tout en maintenant l’unité du pays par une lutte sans merci aux indépendantistes. C’est cet accord tacite qui est encore en place depuis cette époque : domination idéologique gauchiste bilingue répondant à la sociologie québécoise en échange du maintien de l’unité canadienne.
Le Parti-État qu’est le PLC dirige le Canada avec l’approbation enthousiaste des Québécois qui voient au mieux le Parti conservateur comme l’émanation d’intérêts pétroliers hostiles venus de l’Ouest ou au pire comme une bande de zélés Jesus Freak pro-vie. Est-il besoin de rappeler que le bon banquier londonien cosmopolite Carney a actuellement 48% d’intention de vote au Québec ?
Le pire, c’est qu’au fond, les souverainistes veulent répliquer le même modèle canadien, mais en français en plus écologiste et plus laïcard. Ils ne veulent opérer que des ajustements mineurs au châssis général sur lequel vit déjà le Québec. Le PQ, la SSJB, OUI Québec ou QS veulent faire un pays pour être encore plus vertueux que le Canada, plus féministe, plus écologiste et accueillir encore mieux les masses immigrées francophones venues du tiers-monde. Leur Québec souverain, c’est un Canada en miniature avec les mêmes élites technocratiques, syndicales, universitaires et médiatiques soumises au politiquement correct issu de la gauche BCBG. C’est la même mentalité de socio-démocrates satisfaits d’eux-mêmes « ouverts sur le monde » qui anime autant le Canada anglais que le Québec français.
Les récentes déclarations annexionnistes de Trump nous ont rappelé ce qui nous unissait aux loyalistes de l’Ontario depuis la guerre d’invasion américaine de 1812 : le refus de devenir Américains pour ne pas être noyés par le bulldozer culturel de l’hyperpuissance mondiale. La souveraineté du Québec nécessite mathématiquement un rapprochement diplomatique et géostratégique avec les États-Unis pour s’assurer de l’effectivité d’une déclaration unilatérale d’indépendance qui ne sera pas reconnue par Ottawa. Rapprochement impensable pour la majorité des Québécois qui préfèrent largement le statu quo actuel canadien que le risque d’avalement économique, culturel ou diplomatique par la République américaine.
Au fond, les souverainistes ont toujours mal saisi l’ambiguïté identitaire des Québécois qui se sentent en grande partie aussi Canadiens. C’est la raison pour laquelle, bon an, mal an, le souverainisme stagne à 30-40% de soutien depuis des décennies peu importe les circonstances politiques. Le souverainisme est trop fort pour mourir — il peut même parvenir à former un gouvernement — mais il est trop faible pour s’imposer réellement comme une évidence au sein de la population.
Pour que le Québec sorte du déclin dans lequel il se trouve, c’est la mentalité générale — et surtout celle de nos élites — qu’il faudra modifier. Sans bouleversement des mentalités, le changement de cadre institutionnel n’empêchera pas le long pourrissement du Québec vers la tiers-mondisation, l’islamisation, l’insécurité et l’effondrement généralisé.
La guerre culturelle est bien plus importante que la tenue d’un référendum perdant qui ne changerait rien sur la direction catastrophique du Québec contemporain.










