À gauche, le député conservateur provincial de la Colombie-Britannique, Brennan Day, et à droite, le sénateur républicain du Maine, Joseph E. Martin.
Un sénateur du Maine invite les provinces de l’Ouest canadien à se joindre aux États-Unis et leur achemine une lettre qui vante les mérites de cette union, laquelle serait bénéfique pour la préservation de la liberté et pour les affaires.
Plus tôt ce mois-ci, le sénateur républicain du Maine, Joseph E. Martin, a fait parvenir une lettre à des politiciens de la Colombie-Britannique, de l’Alberta, de la Saskatchewan et du Manitoba, les invitant à rejoindre la fédération américaine.
Le document épistolaire de quatre pages a notamment été acheminé à un député provincial conservateur de la Colombie-Britannique, Brennan Day, qui l’a publié sur le réseau social X accompagnée une réponse défavorable, en annonçant d’emblée que le sénateur était « sorti du droit chemin » avec cette lettre.
L’Amérique, l’Occident et la liberté
Joseph E. Martin débute sa missive en affirmant l’appartenance des États-Unis à l’Occident chrétien, prônant la responsabilité individuelle et soulignant la fidélité du pays à sa Constitution. Dans cette union, il appelle d’ailleurs à couper tous les ponts avec les institutions canadiennes. Il précise que ce ne serait pas une annexion, mais bien une adoption « de la jurisprudence américaine pleine et entière », ajoutant que « la suprématie de la constitution américaine serait totale ».
Le sénateur républicain ne mâche d’ailleurs pas ses mots et affirme que : « Pendant trop longtemps, les citoyens canadiens ont été soumis à une illusion de liberté administrée par des moyens bureaucratiques ». Critiquant la Charte des droits et libertés, il déclare qu’elle est « entièrement sujette à être outrepassée par des actions législatives et par l’interprétation des tribunaux ». Sans les nommer, Martin fait ici référence à la clause nonobstant et au gouvernement des juges.
En contrepartie, la Déclaration des droits américaine (Bill of rights) reconnaît les libertés comme étant inaliénables, écrit-il. « Elles ne sont pas des permissions accordées par le gouvernement, mais des protections contre le gouvernement lui-même ».
Souveraineté et identité
Martin appelle à rejeter l’idéal globaliste qui voit les « frontières comme des inconvénients et les cultures comme interchangeable », soulignant que la tradition américaine est ancrée dans « la loi anglo-américaine, la philosophie gréco-romaine et la moralité chrétienne », tout en accordant « de la valeur à la famille, au localisme, à la retenue morale et à la responsabilité individuelle ».
Le sénateur affirme qu’il faut se défaire des idoles du passé, comme Louis Riel ou Pierre Trudeau, et pleinement embrasser la symbolique américaine avec celle de leur passé, soit Washington, Jefferson et Lincoln. « Le prix de la liberté ne réside pas seulement dans le poids de la responsabilité, mais aussi dans la volonté d’abandonner ses anciennes loyautés et d’adopter un nouveau pays sans s’excuser », soutient-il.
Économie
Le sénateur du Maine joue sur une corde sensible ici. Il affirme que les provinces de l’Ouest sont de véritables puissances économiques, mais qu’elles sont empêchées d’agir par Ottawa, notamment dans l’exploitation des ressources naturelles. Il vante les mérites d’un système plus décentralisé, où les nouveaux États fédérés pourraient eux-mêmes décider comment exploiter leurs ressources. Sans compter que la fixation des taxes serait décidée localement.
« Les vrais conservateurs croient dans une économie nationale », soutient Martin, précisant que la Colombie-Britannique, l’Alberta, la Saskatchewan et le Manitoba « pourraient devenir des leaders régionaux de la production de nourriture et de l’indépendance énergétique ». « Leurs économies ne seraient pas planifiées par des technocrates distants, mais plutôt guidées par la volonté de leurs citoyens et leurs représentants élus ».
La réponse de Brennan
Naturellement, Brennan a défendu les institutions canadiennes en répondant avec des clichés du genre : « Notre vision peut parfois recouper la vôtre, mais elle diffère sur les points les plus importants. Nous pensons que la marée montante devrait soulever tous les navires, et pas seulement les méga-yachts. Que le capitalisme fonctionne mieux lorsqu’il se souvient pour qui il travaille. Que la force d’une nation ne se mesure pas au nombre de ses bases militaires, mais à la façon dont elle traite ses plus vulnérables. »
Bref, le député de Courtenay-Comox a répondu à la manière d’un « Elbow up ». À défaut de pouvoir dialoguer d’égal à égal, d’une super puissance à une autre – car le Canada n’en est pas une – Brennan a fait ce que le Canada sait faire de mieux : tomber dans la surenchère morale.











