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Campagne électorale 2026 : radiographie des stratégies et des objectifs

La CAQ est machiavélique et sa stratégie mise sur la communication instrumentale et la manipulation dans le but de produire un revirement spectaculaire en apeurant l’électorat boomer. 

Le discours d’un chef lors d’un lancement de campagne ne dévoile pas uniquement les politiques qu’il veut mettre de l’avant, mais l’essence de son parti. Tout est révélé dans ce moment symbolique : l’individualité politique, la stratégie et l’objectif. Un triptyque où les trois critères forment un ensemble cohérent qui rend l’identité politique d’un parti complètement limpide. 

Lorsque Christine Fréchette lance sa campagne en affirmant que son adversaire est le président de la première puissance mondiale, on pourrait rire tellement c’est risible. Le problème, c’est que la manœuvre politicienne fonctionne. La CAQ est usée par huit années de pouvoir. Elle n’a plus d’identité et a accumulé les bévues. Pour se défaire de son legs — de son bilan désastreux — elle a refait son image de marque selon le culte de la personnalité (équipe Christine Fréchette). En fait, elle n’a rien à offrir.

Ici, le fil conducteur du triptyque qui détermine le reste, c’est la stratégie. En choisissant de mener une campagne de peur, en agitant l’épouvantail de Donald Trump, la CAQ nous signale que sa stratégie est instrumentale et manipulatrice. Son objectif est donc le pouvoir pour le pouvoir. Elle n’a pas de vision ou de projets pour le peuple québécois, ce qui fait que son individualité n’est qu’une coquille vide, à l’image de sa marque politique, qui mise sur le culte de la personnalité. À la CAQ, tout est faux. 

Selon le dernier sondage de la firme Synopsis, la campagne de peur marche bien. Le vote fédéraliste des Canadiens français semble s’être déplacé du Parti libéral du Québec (PLQ) vers la CAQ, principalement avec les femmes et les 55 ans et plus. Les femmes évaluent en moyenne les risques comme plus élevés que les hommes (donc, elles sont sensibles aux appels à la peur), et les baby-boomers sont la dernière génération à réellement consommer les médias traditionnels. La CAQ a la recette idéale pour aller chercher le vote des boomers qui écoutent la télé et qui détestent Trump.

Cette stratégie politique est exécrable, mais très performante. On ne peut exclure que la CAQ ne forme le gouvernement à nouveau.

Le PQ ou la naïveté démocratique

Le Parti Québécois est à l’image de son chef, honnête au point de projeter une image de naïveté. L’honnêteté, c’est bien, mais la naïveté révèle une certaine mollesse. Le chef du PQ gagnerait à adopter la prestance des hommes d’État du passé, pour réellement dégager la confiance dont la formation politique se revendique. Ceci étant dit, l’objectif de ce parti est clair : il vise le bon gouvernement. Paul St-Pierre Plamondon l’a dit en ces termes, lors de son discours de lancement : « Nous mènerons une campagne sur les idées, les solutions et les projets. » Sa stratégie est celle de la transparence, puisqu’il est honnête et naïf. 

Ainsi, le PQ vise le bon gouvernement par une stratégie de transparence authentique, ce qui lui confère une individualité politique de l’éthique démocratique. Tout cela est très bien, mais il doit se raffermir sur l’aspect combatif de la politique. Le PQ a des médias de masse qui jouent contre lui, comme La Presse et Radio-Canada, mais aussi les médias de Québecor, qui par leurs inepties, contribuent structurellement au nivellement par le bas de la nation, plutôt qu’à l’élévation de la psyché collective. Les médias fédéralistes ne lui feront pas de cadeaux, tout comme les autres partis qui vont retourner contre lui la naïveté qui le caractérise. 

Pour tirer son épingle du jeu, le PQ doit marteler le mauvais bilan de la CAQ et ne pas hésiter à jouer le jeu de la communication politique. Mais plus que tout, il doit distinguer ses amis de ses ennemis, avec un prisme politique réaliste.

Si le PQ arrive à déterminer l’agenda, il peut réellement espérer former le gouvernement.

Le PCQ, ce gouvernement en attente

Le Parti conservateur du Québec a parcouru un chemin remarquable. Éric Duhaime a pris un parti inexistant et en a fait un véhicule politique réel. Son individualité est évidente et précise. Il est le parti qui démolit le statu quo du modèle étatiste dans lequel s’est embourbé le Québec. En ce sens, il présente une véritable nouveauté. Quelque chose qui n’a jamais été essayé. 

N’ayant pas les effectifs pour gouverner, le PCQ vise d’abord la reconnaissance comme formation officielle et la balance du pouvoir, qui lui permettraient de faire avancer son programme. Il préconise les moyens de la droite économique pour améliorer le sort des Québécois. Son autonomisme et son nationalisme le rendent apte à collaborer avec le PQ et la CAQ, qui devront faire des concessions s’ils sont minoritaires. La stratégie change avec la position, mais l’individualité reste la même. 

Le problème du PCQ tient au fait qu’il n’a pas de grosses pointures dans ses rangs. Éric Duhaime est une bête politique, mais il porte à peu près seul le parti. Dans une certaine mesure, cela peut être compensé par les capacités de son chef, qui est un rhéteur hors pair. Mais Duhaime n’est pas un homme politique qui inspire « positivement », si on veut. Ce n’est ni bien ni mal, c’est tout simplement son style. Il est à son meilleur lorsqu’il attaque, lorsqu’il est à l’offensive, et c’est pourquoi les débats seront des moments charnières pour le PCQ. 

S’il se décide à parler d’immigration de manière plus ferme, il pourra récolter le vote des nationalistes sans problème. C’est probablement la dernière chose qu’ils attendent depuis qu’il leur a fait des appels du pied avec la clause René Lévesque.

Au vu de la progression politique du PCQ, on peut maintenant croire qu’il incarne un gouvernement en attente pour l’élection de 2030.

Le PLQ et QS : des laissés-pour-compte 

Quant au PLQ, il est relégué dans ses derniers retranchements. Son appui chez les francophones est tombé sous les 15 %. Il a été renié par la nation historique canadienne-française et il est devenu le parti de l’autre, le parti de l’étranger qui trouve refuge dans son multiculturalisme chartiste et son communautarisme clientéliste. 

Et c’est sans compter l’odeur de corruption permanente qui se dégage du PLQ. Il ne pourra espérer reprendre le pouvoir que lorsque les boomers seront morts. À ce moment-là, les Québécois de souche seront probablement minoritaires dans leur propre pays, à cause de l’immigration massive.

Le PLQ pourra finaliser l’assimilation du Québec dans l’État postnational canadien, tant désiré par les élites globalistes à la tête du Parti libéral du Canada. Ce scénario est réalisable sur un horizon de 20 à 30 ans, si la situation migratoire du Québec et du Canada ne prend pas une autre tangente. 

Quant à Québec solidaire, ce parti est un mélange de communisme, d’islamo-gauchisme et de postmodernisme. Il est déconnecté du monde réel et la majorité de son électorat a entre 18 et 34 ans. Il est marginal et ne pourra jamais accéder au pouvoir. Cette élection-ci sera très difficile pour lui. Il pourrait très bien se retrouver avec cinq députés ou moins.

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Julien Garon-Carrier

Fondateur d’Indocile Média

Journaliste et auteur, formé en communication et en science politique, engagé à défendre une information libre et sans compromis.

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