L’abandon des négociations pour un accord commercial avec les États-Unis par le gouvernement libéral n’est rien d’autre qu’une manoeuvre pour des raisons de politique intérieure. Être en chicane avec l’administration Trump est payant pour le PLC et son nouvel allié de la CAQ, qui pourront bénéficier d’une crise pour ensuite se poser en sauveur.
Le couperet est tombé vendredi soir, le gouvernement Carney a décidé de mettre un terme aux négociations avec les États-Unis. Quelques minutes avant l’annonce du premier ministre, le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, avait reproché au Canada de nouvelles demandes et un certain nombre de reculs.
La fin de semaine s’est déroulée sur le branlebas de combat : des conférences de presse à Ottawa et à Québec à la manière d’une gestion de crise typique, mais aucun document n’a été rendu public, afin que l’on puisse juger objectivement la situation.
Ainsi, les deux administrations se lancent la balle, d’un côté, Carney affirme que la partie américaine a réclamé des concessions en matière de protection de la langue française, comme l’étiquetage bilingue et des redevances culturelles, et de l’autre, Greer a affirmé hier que « c’était une drôle d’histoire inventée », sur les ondes de la chaîne CNBC.
Allez savoir qui dit vrai. Greer a cependant eu l’honnêteté d’avouer que la partie américaine n’était pas en faveur de l’imposition d’une taxe sur les grandes plateformes de diffusion américaine pour financer le contenu canadien. Il ne s’en est pas caché, alors pourquoi se cacherait-il pour ce qui est de l’étiquetage en français ?
Carney a menti sur cet aspect précisément. Et il ne faut pas chercher de midi à quatorze heures sur le pourquoi du comment. Il l’a fait pour des raisons de politique intérieure.
Cui Bono
Ce n’est pas compliqué, Carney n’est pas au pouvoir parce qu’il a mené une campagne d’idées. Il est au pouvoir parce qu’il a mené une campagne de peur. Et ça été très payant pour lui. La carte électorale était bleue d’un océan à l’autre en 2024 : bleu conservateur dans le R.O.C et bleu Bloc au Québec. Mais ô coup de théâtre, quoi de mieux qu’une bonne crise et une campagne de peur pour manipuler les masses.
D’autant plus, lorsqu’on possède le bouc émissaire parfait, que les médias identifient comme le mal incarné depuis dix ans, pour canaliser le vote en se posant comme le sauveur de la nation. Détester le président Trump est un sport national au Canada et au Québec et peut devenir un catalyseur électoral d’une grande amplitude.
Alors, pourquoi s’en priver ? Les gens qui ne sont pas familiers avec la stratégie politique ne verront pas la manœuvre ici. Ils n’y verront que feu. Mais le Parti Libéral du Canada a des problèmes sur le plan de sa politique intérieure. Les séparatistes albertains et québécois menacent l’intégrité territoriale du pays. Or, si en Alberta Mark Carney n’est pas apprécié, il semblerait qu’au Québec, il le soit.
La meilleure façon de prévenir la sécession du Québec est d’empêcher l’élection du Parti Québécois en mettant le poids de son gouvernement derrière le parti fédéraliste qui a le plus de chances de le battre, soit la CAQ. Pourquoi la CAQ ? Parce que son autonomisme n’est qu’une façade sous l’égide de Christine Fréchette. Ce parti est soumis à Ottawa.
Le PLQ n’a plus la faveur des Canadiens français : c’est le parti des anglophones et des immigrants. Il ne peut espérer prendre le pouvoir. Le Parti conservateur du Québec (PCQ) n’est pas assez fort pour accéder à la gouvernance de l’État, pour l’instant, mais ses convictions autonomistes sont plus solides et réelles que celles de la CAQ. Cela, Ottawa le perçoit probablement d’un mauvais œil. Ce qu’il aime, c’est la servilité.
Carney partage son capital de sympathie avec Fréchette en multipliant les annonces avec elle dans des contextes favorables : Churchill falls, chantier Davie. Et cerise sur le sundae, Ottawa offre une crise à Frechette en affirmant que les États-Unis veulent s’en prendre à la langue française dans les négociations, ce qui a été démenti par Greer sur les ondes de CNBC.
Elle aura donc le beau jeu. Elle pourra se poser en défenseure de la nation contre le méchant Trump pour faire valoir la façade nationaliste de la CAQ — qui n’est rien d’autre qu’un PLQ 2.0 — tout en bénéficiant des bonnes grâces d’Ottawa pour montrer au peuple québécois que la bonne entente fédéraliste est favorable.
La manufacture d’une crise est un des vecteurs les plus puissants en politique, mais la CAQ traîne un passif de huit années de gouvernance catastrophique et n’arrive pas à scorer à l’extérieur du vote boomer.
Ma prédiction : une entente commerciale avec les États-Unis sera rapidement signée après le 5 octobre. Ce qui se passe en ce moment n’est qu’un intermède, le temps d’une manœuvre politicienne.











