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Ceci n’est pas une pizza!

par | 7 Mar 2026

La résurgence de l’affaire Epstein dans l’espace public a alimenté les petites controverses médiatiques du Québec, entre les pointes satiriques d’Olivier Niquette à La Journée est encore jeune qui tente de ridiculiser Élo veut savoir et les décrypteurs qui jouent les sous-fifres à la botte du système, il y a plus à comprendre que ce que laisse croire la version officielle. 

En décembre 2025 et janvier 2026, le Département de la justice américaine (DOJ) a rendu publics des millions de PDF associés à l’affaire Jeffrey Epstein, dont un énorme dépôt d’environ trois millions de pages, en date du 30 janvier, portant le total de pages dévoilées à 3,5 millions. 

Évidemment, enquêter sur ces fichiers requiert patience et longueur d’haleine, mais heureusement le journaliste indépendant et citoyen américain Ian Carroll a créé, avec une petite équipe de développeurs, un outil de recherche (Webb.io) qui permet de fouiller avec précision les fichiers Epstein. 

Ce que pizza veut dire

Le mot pizza apparaît environ 900 fois dans les fichiers du DOJ. Et selon des hypothèses qui circulent sur internet, il aurait une signification codée pour exprimer quelque chose en lien avec les activités de trafic d’êtres humains et de pédocriminalité d’Epstein, comme plusieurs autres mots d’ailleurs. Ainsi, le mot pizza serait le substantif employé pour désigner une « petite fille ». 

Lorsqu’on y pense deux petites secondes, cela tombe sous le sens. Imaginez qu’un individu opère au sein d’un réseau criminel qui mène des activités pédophiles et qui implique les puissants de ce monde, dans le but de les filmer pour pouvoir mieux les faire chanter lorsque ce sera nécessaire d’obtenir d’eux un service (black mail). Il faudrait bien que, pour échanger de l’information en rapport avec ce réseau, il y ait une forme de langage codé, afin de ne pas discuter ouvertement de pédocriminalité dans des échanges de courriels incriminant, que des journalistes indépendants pourraient analyser des années plus tard, par exemple.

Il nous est impossible de balayer ce type de suppositions du revers de la main. Nous avons donc posé l’hypothèse que le mot pizza pouvait désigner autre chose, notamment peut-être, l’expression « petite fille ». Or, il ressort des recherches sur Webb avec le mot pizza que la plupart des contextes d’utilisation s’avèrent normaux ou anodins pour la majorité des occurrences.

Il y a bien sûr des utilisations étranges. Par exemple, lorsque Epstein renouvelle son ordonnance de Stendra pour contrer la dysfonction érectile, par textos, avec son ami et urologue Harry Fish,  et que celui-ci lui écrit dans la même enfilade: « Après que tu les as utilisées, lave-toi les mains et allons chercher une pizza et un soda au raisin ». Généralement, après avoir avalé des petites pilules érectiles, on ne va pas manger de la pizza! Et ce n’est pas le seul cas où ça ne tourne pas rond. 

Lorsque Epstein reçoit un courriel avec en pièce jointe une recherche de VERU, une société pharmaceutique spécialisée dans les traitements urologiques, donc de la dysfonction érectile, et que le message dans le corps du courriel dit : « C’est meilleur qu’un biscuit chinois ! Voir pièce jointe. Allons pour une pizza et un soda au raisin. Personne d’autre ne peut comprendre. Go kno ». 

On ne peut pas nier que c’est louche que d’associer des drogues qui provoquent des érections et la consommation de pizza et de soda au raisin, tout en ajoutant, personne ne peut comprendre de quoi on parle! 

Cependant, nulle part dans les fichiers qui ont été mis en ligne par le DOJ avons-nous trouvé l’explication d’un langage codé. Sommes-nous devant des cas de communications cryptées ? Probablement, mais cela est au mieux assimilable à une preuve circonstancielle et le sens exact des termes ne nous est jamais livré. Ainsi, il est impossible de réellement trancher sur la signification du mot pizza, qui visiblement, peut vouloir dire autre chose. Cela n’indique pas qu’on ne trouve rien d’incriminant dans ces fichiers, bien au contraire. 

Le gérant de la résidence : l’élément clé

Le gérant de la résidence de Palm Beach d’Epstein, Janusz Banasiak, s’avère un élément clé de la saga Epstein. Il s’occupe de tout, il accueille les visiteurs, il fait les commissions pour la nourriture, mais aussi il coordonne les transports. Un modus operandi semble s’établir dans la logistique opérationnelle pour tout ce qui touche le transport des personnes.

On note dans les courriels que l’utilisation de Uber est à la fois impliquée dans les déplacements des employés, comme Janusz lui-même, ou d’autres membres du personnel [1] [2], mais aussi dans ceux des filles qu’on va chercher à l’aéroport — et pour lesquelles on veut économiser sur le transport.

Le témoignage de Banasiak ne laisse aucun doute. Ce sont visiblement des prostituées qui venaient aux domiciles d’Epstein le temps d’un « massage » (45-60 minutes), qu’il affirme avoir déjà payées avec le fonds de petite caisse, et dont il savait qu’elles étaient d’âge scolaire. Il rémunère des mineures comme des prostituées, mais soyons clairs : ce sont des victimes de trafic sexuel. 

Le fait qu’il payait parfois les filles depuis son fonds de caisse suggère que les transactions financières pour ces visites étaient intégrées aux opérations domestiques régulières.

Ghislaine Maxwell et le Pizzagate

Le terme « Pizzagate » apparaît 17 fois dans la collection, principalement dans des documents juridiques et des articles. Lors de la défense de Ghislaine Maxwell, ses avocats ont invoqué le Pizzagate et QAnon pour justifier le comportement de leur cliente au moment de son arrestation. 

Selon eux, Maxwell se cachait dans une pièce sécurisée et enveloppait son téléphone dans du papier d’aluminium non pas pour échapper au FBI, mais pour se protéger des menaces engendrées par ces théories du complot. Dans le document de défense, l’avocat de Maxwell écrit que les expériences de QAnon, du Pizzagate et de l’attaque contre la juge Salas sont des exemples terrifiants de violence née de théories conspirationnistes, et que sa cliente en était une cible potentielle.

L’ironie est mordante. Les avocats de Maxwell instrumentalisent une théorie du complot portant sur un réseau pédophile d’élites pour défendre une femme reconnue coupable de trafic sexuel au sein d’un réseau pédophile d’élites. L’affaire Epstein est précisément le réseau réel que le Pizzagate incarnait dans les méandres du web.

Quelques considérations sur le Pizzagate

Le Pizzagate, c’est cette histoire de réseau de pédophilie lié au Parti démocrate et à cette pizzéria de Washington, le Comet Ping Pong Pizza, où des enfants auraient été agressés. Le tout a commencé en 2016 lorsque le compte courriel de John Podesta, directeur de campagne d’Hillary Clinton, a été piraté. L’acte de piratage totalise un peu plus de 59 000 courriels et près de 57 000 d’entre eux ont été relâchés par WikiLeaks, pour des événements qui se sont déroulés du milieu des années 2000 jusqu’au milieu des années 2010. 

Une analyse est disponible sur une page de WikiLeaks. Il y a des trucs complètement bizarres dans ces courriels et c’est le moins qu’on puisse dire. Notamment, encore une fois, l’utilisation de mots représentant de la nourriture dans des contextes étranges, voire  inappropriés, comme lorsqu’en 2014 Tony Podesta demande à son frère John, « je te prendrais une pizza pour une heure ou bien je passerais chez toi », celui-ci lui répond « es-tu libre dimanche », suivi de cette question « comment se déroule ton voyage? » et Tony de lui répondre « très bien, je suis assis avec les enfants, donc je suis un peu fébrile ». Ah et Tony Podesta n’avait pas de progénitures, si ce n’est que les trois enfants adoptés qu’il a eus avec sa première femme, dont il était séparé depuis dix ans au moment de ce courriel. Il s’était d’ailleurs détaché légalement d’eux après une poursuite de son ex-femme qui lui avait coûté 265 000 $. Bref, la liste regorge de courriels aussi étranges les uns que les autres, qu’il nous a fallu vérifier.

Dans le cadre de notre investigation, nous avons téléchargé les 57 000 courriels disponibles sur le site de WikiLeaks pour effectuer une contre-vérification et essayer de trouver de nouveaux éléments, en roulant des scripts automatisés et à l’aide d’analyses avec l’intelligence artificielle. Résultat : il n’y a rien de nouveau sous le soleil, et on peut dire que WikiLeaks est une organisation journalistique solide qui a fait un travail méticuleux sur ces courriels. 

Or, comme dans les Epstein files, il y a ce qui s’apparente à l’utilisation d’un langage codé. Comme la fois où John Podesta a écrit à Steve Elmendorf, un lobbyiste de Washington, « je ne savais pas que ‘‘wet work’’ signifiait un party de piscine au vignoble », ce à quoi Elmendorf répond: « j’ai tout mis sur la table [I am all in]. Ça promet d’être une mauvaise nuit, il va falloir qu’on attache notre ceinture et qu’on double la mise ». 

Ce qui frappe l’imaginaire, c’est que les échanges de courriels du dirigeant d’un réseau pédocriminel reconnu, Jeffrey Epstein, sont remplis d’allusions à la pizza dans des contextes étranges. Et qu’on retrouve aussi un tel modus operandi dans les courriels de John Podesta! On ne peut donc exclure la possibilité que ce ne soit pas un hasard.

Toutefois, même si cette affaire est aussi malodorante que celle des fichiers Epstein, nous sommes devant un ensemble d’éléments qui au mieux est assimilable à une preuve circonstancielle, mais les liens sont bancals et il n’y a rien d’incriminant. Il manque des aspects centraux pour inférer logiquement que des comportements criminels ont eu lieu, comme des aveux ou encore des preuves écrites (courriels) de la définition de l’ensemble du langage codé par les acteurs soupçonnés. 

Deux mots sur les Décrypteurs

Les Décrypteurs de Radio-Canada n’ont pas l’esprit du journalisme. Ils en ont la forme certainement, mais ils défendent toujours l’ordre établi en valorisant à chaque fois les versions officielles des gouvernements, des grands médias américains, des agences de presse ou des sources en position d’autorité. 

Nous n’inventons rien, c’est la logique de l’officiel théorisée par Pierre Bourdieu qui est à l’œuvre ici. Sous le couvert de la profession de journaliste, c’est en fait tout le capital symbolique de l’État qui est véhiculé par ces agents détenteurs de la parole officielle, dans le but de théâtraliser le réel. 

Après tout, ce sont les sous-fifres d’un appareil idéologique d’État financé à même les crédits fédéraux (vos taxes), dont le président-directeur général est nommé par le gouverneur en conseil, autrement dit, la tête dirigeante de Radio-Canada est placée en poste pour cinq ans par le ministre du Patrimoine canadien. Croire qu’il n’y a pas une logique top-down à Rad-Can, c’est être à la fois le dupe et l’idiot d’un système conformiste, mu par les avantages du fonctionnaire petit-bourgeois. Parlez comme il faut et vous garderez votre poste; dites la mauvaise chose et c’est bye bye. 

On peut donc imaginer qu’ils auraient suivi le reste de la presse mainstream dans les histoires de Gary Webb (deux balles dans la tête en 2004) qui a exposé le trafic de cocaïne de la CIA en 1995-1996 dans ses articles au Mercury News et dans son livre Dark Alliance; de Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks (cinq ans de prison à Belmarsh et sept ans dans l’ambassade de l’Équateur à Londres), contre qui les médias de masse se sont retournés entre 2011 et 2022; de Seymour Hersh (Pulitzer 1970) dans son article sur la mort de Ben Laden, en 2015, etc.

Bref, vous comprenez le principe, la presse mainstream joue la version officielle d’une histoire, qui est celle que les propriétaires des médias veulent que vous sachiez. Et c’est ce que les Décrypteurs ont fait avec l’affaire Epstein et le Pizzagate. Puisqu’ils ne relaient que les versions officielles, ils ne peuvent découvrir la vérité, à chaque fois… Au pire, ils l’éteignent lorsque ça compte. Au mieux, ils la rencontrent au hasard.

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Julien Garon-Carrier

Fondateur d’Indocile Média

Journaliste et auteur, formé en communication et en science politique, engagé à défendre une information libre et sans compromis.

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