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Documents déclassifiés de la Maison-Blanche : la fraude électorale du Michigan qui n’aboutit à rien (3 de 4)

Des documents déclassifiés du FBI révèlent que des démarcheurs payés ont déversé des milliers de formulaires d’inscription suspects au greffe de Muskegon, dans l’État pivot du Michigan, en vue des élections de 2020, et que l’enquête fédérale s’est étirée cinq ans avant d’être fermée sans accusation.

Ce texte est le troisième d’une série de quatre qui a pour objectif d’analyser l’ensemble des documents qui ont été dévoilés par la Maison-Blanche, le soir de l’allocution à la nation, par le 47e président des États-Unis, le 16 juillet. Le deuxième article (les machinations de la Chine, Nikki Floris et le deep state américain) est disponible ici.

Le 16 mars 2021, un agent spécial superviseur du FBI (Supervisory Special Agent —SSA) du bureau de Détroit ouvre officiellement une enquête, concernant une fraude qui implique entre 8000 et 10 000 inscriptions à la liste électorale. Les formulaires ont été acheminés par la poste et en personne, au greffier de la ville de Muskegon, entre le 5 et le 20 octobre 2020. 

Le greffier a signalé des irrégularités à la police municipale de Muskegon (Muskegon Police Department—MCPD), notamment « des adresses non existantes, des numéros de téléphone invalides et des signatures qui ne concordaient pas avec les dossiers du Secrétaire d’État du Michigan (Michigan Secretary of State Records). En plus, plusieurs applications semblaient avoir la même écriture manuscrite ». Cela a mené à une investigation de la police de l’État du Michigan (Michigan State Police—MSP), pour finalement aboutir dans la cour du FBI de Détroit. 

Une organisation — dont le nom est caviardé dans les documents — s’efforçait de récolter des signatures d’individus à l’entrée des commerces de type Dollarama (magasin à un dollar) et SAQ (liquor store) dans les villes de Muskegon, Détroit, Ypsilanti, Southfield, Flint et Lansing, toutes situées dans l’État du Michigan. 

Cette organisation avait embauché des personnes qui devaient rechercher des citoyens qui n’étaient pas inscrits sur la liste électorale et les incitait à remplir le formulaire d’inscription. 

Une enquête a été ouverte le 16 octobre 2020 par la MCPD, puisqu’il apparaissait évident au greffier qui a reçu les milliers de formulaires qu’un nombre indéterminé d’entre eux soulevaient la suspicion d’un point de vue criminel.

Une femme responsable de l’organisation qui récoltait les signatures a aussi amené des milliers de formulaires en personne au greffier de Muskegon, le 8 octobre et le 20 octobre. Lors du dépôt du 20 octobre, elle a apporté une boîte contenant approximativement 2500 applications. Le greffier a contacté le MCPD et la femme a été interrogée par les enquêteurs. 

Ils ont tout de suite levé un drapeau rouge, puisqu’elle a donné une fausse date de naissance. Elle a initialement affirmé que ses travailleurs étaient payés au nombre d’applications complétées avant de se rétracter et d’affirmer qu’ils étaient rémunérés sur la base d’un salaire horaire. On apprend aussi que les employés sont payés à l’aide de cartes de débit prépayées. 

Le 22 octobre, la police d’État du Michigan (MSP) ouvre une enquête pour soutenir le MCPD. L’enquête est menée par le bureau du procureur général.

Le 23 octobre, la MSP reçoit l’autorisation de traquer par GPS la femme en question. L’enquête démontre qu’elle réside au Best Western de Grand Haven, Michigan, et qu’elle conduit une voiture de location. 

Un courriel daté du 26 octobre montre que la MSP avait l’intention d’informer l’Équipe électorale du FBI de Détroit (FBI Detroit Election Team) le lendemain, concernant des allégations de fraudes électorales. 

En somme, le 27 octobre, tant le FBI que la MSP que les bureaux du procureur fédéral Est et Ouest du Michigan, que l’officier du district d’élection (District Election Officer—DEO), qui est un procureur fédéral adjoint du Département de la Justice (Department of Justice—DOJ), s’entendent conditionnellement pour travailler de concert dans cette histoire. C’est ce qu’on appelle une enquête de grande envergure. 

Dès août 2021, un procureur fédéral adjoint informe le FBI que Public Integrity Section (PIN) n’approuve aucune action supplémentaire dans le district Ouest. Autrement dit, pas d’accusations pour fraude électorale en vue. 

Le 3 novembre 2021, un procureur de la PIN annonce qu’il consignera par écrit l’accord de son organisation avec la décision du bureau du procureur fédéral et du FBI de ne pas engager de poursuites concernant la fraude électorale. À ce stade-ci, l’enquête ne porte que sur l’utilisation suspecte des cartes prépayées.

 

Or, le 11 novembre de la même année, un agent du FBI de Détroit écrit au procureur fédéral du district Ouest du Michigan pour lui mentionner qu’il est « préoccupé à savoir si c’est approprié de fermer le dossier ». Dans ce courriel, l’agent du FBI énumère des passages de la loi, qui, croit-il, s’applique précisément à leur cas.

 

Quelques jours plus tard, le 16 novembre, un agent du FBI de Détroit écrit à un autre agent qu’il « n’est pas vraiment à l’aise à ce stade-ci de fermer le dossier sans soulever certains problèmes ». Il précise qu’il n’aime pas non plus la formulation du PIN, qui laisse entendre que c’est la décision du FBI de ne pas engager de poursuites, plutôt que celle du PIN, qui leur ordonnerait de ne pas poursuivre leur enquête.  

 

 

L’investigation suit tout de même son cours, mais le PIN n’a autorisé l’enquête de terrain complète sur la fraude électorale que le 2 février 2023, soit 14 mois plus tard. Ainsi, 12 au 15 décembre 2023, le FBI de Détroit mène une grande opération d’interrogatoire avec plusieurs travailleurs de terrain qui ont récolté les signatures en octobre 2020. Une vingtaine d’agents du FBI participent à l’opération.

Des témoignages font état d’incitatifs pour obtenir le plus de signatures possible, ce qui est illégal selon la loi électorale. Ce type d’emplois ne peut pas être payé au nombre de signatures récoltées, mais doit être rémunéré à l’heure. 

Une personne a admis que de fausses applications avaient été produites.

 

 

 

Un autre témoignage précise que l’organisation était importante et qu’il y avait des possibilités d’aller travailler dans d’autres États.

 

Un autre individu mentionne que de la marijuana ou de l’argent avait été échangée en contrepartie de remplir un formulaire d’enregistrement.

 

Une femme a même mentionné qu’elle avait l’impression de travailler pour un patron mafieux.

 

Une femme qui allègue qu’elle a été victime de fraude électorale a mentionné aux enquêteurs qu’un colporteur, qui portait un T-shirt de la campagne de Biden, est venu chez elle, lui demander de remplir le formulaire.

 

L’année 2024 est principalement marquée par des délais entourant les examens en laboratoire des formulaires d’enregistrement électoral, et de l’examen et l’évaluation de l’écriture manuscrite. Ces documents n’ont pas été rendus disponibles au public. 

Malgré toutes les démarches, il y a des réticences du côté des procureurs fédéraux à porter des accusations. 

Le 25 septembre 2025, l’enquête est officiellement fermée parce que « toutes les pistes et/ou investigations logiques ont été épuisées, et l’enquête menée à ce jour n’a pas permis d’identifier d’infraction criminelle ni de menace prioritaire pour la sécurité nationale ». 

Près de cinq années d’enquête sur une fraude électorale alléguée dans l’État pivot du Michigan venaient de se conclure en un classement sans suite.

 

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Julien Garon-Carrier

Fondateur d’Indocile Média

Journaliste et auteur, formé en communication et en science politique, engagé à défendre une information libre et sans compromis.

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