Des dizaines de millions de fichiers liés à l’identité des électeurs américains ont été piratés dans la dernière décennie, tant par des puissances étrangères que des acteurs malfaisants, et ont été vendus sur le dark web aux dépens de la vie privée des citoyens et de l’intégrité des élections.
Ce texte est le dernier d’une série de quatre articles qui a pour objectif d’analyser l’ensemble des documents qui ont été dévoilés par la Maison-Blanche, le soir de l’allocution à la nation, par le 47e président des États-Unis, le 16 juillet. Le troisième article (la fraude électorale du Michigan qui n’aboutit à rien) est disponible ici.
Le quatrième lot de documents déclassifiés par la Maison-Blanche est constitué de deux items, soit un rapport de prévention du Department of Homeland Security (DHS) et de la Cybersecurity and Infrastructure Security Agency (CISA), qui date de juillet 2026, et un communiqué du DHS.
La sécurité des systèmes des États et des Villes
Le communiqué avertit qu’il y a 250 000 individus qui ne sont pas des citoyens américains et qui sont enregistrés pour dans quatre États seulement, à savoir la Californie, la Pennsylvanie, le New Jersey et le Nevada.
Le DHS mentionne d’ailleurs qu’il a aidé 25 États à procéder à une révision de leur liste électorale avec le système SAVE, leur permettant de déceler 400 000 individus décédés qui étaient toujours enregistrés, et 28 000 étrangers qui étaient enregistrés illégalement pour voter. Il importe de savoir qu’il n’y a pas de liste électorale fédérale aux États-Unis et que ce champ d’activité est géré par les États, ce qui complique la coordination en matière de sécurité électorale.
Quant au rapport, bien qu’il soit de nature hautement administrative avec des explications sur les mesures de protection à prendre pour assurer la sécurité des données des États, il regorge d’exemples réels qui ont compromis la sécurité électorale dans la dernière décennie.
On y apprend, entre autres, que des pirates informatiques russes avaient « piraté le site web d’une commission électorale d’État et volé des informations concernant environ 500 000 électeurs, notamment leurs noms, adresses, numéros de sécurité sociale partiels, dates de naissance et numéros de permis de conduire », en 2016.
Ou encore que des pirates informatiques russes avaient pénétré dans les ordinateurs d’un manufacturier de logiciels américains pour vérifier les informations d’enregistrement électoral.
On sait aussi que le « DHS et le FBI ont confirmé que des acteurs russes avaient mené une reconnaissance du système électoral afin d’identifier des bases de données, des noms d’utilisateur et des mots de passe vulnérables sur les pages web des gouvernements des États et des municipalités, et avaient sondé la base de données d’inscription des électeurs dans les 50 États.»
Plus encore, en 2021, des cybercriminels financés par l’État chinois « ont ciblé de manière agressive les infrastructures critiques américaines pour voler des données sensibles et des informations personnelles identifiables ».
En 2020, « CISA et le FBI ont signalé que des membres du Corps des gardiens révolutionnaire iranien avaient tenté d’exploiter des sites web pour obtenir des données d’inscription électorale. Ils confirment que des données ont été obtenues avec succès dans au moins un État. Ils n’ont pas pu déterminer si ces tentatives avaient abouti dans les onze autres États ciblés ».
Les données des compagnies sont aussi à risque
Il n’y a pas que les États et les gouvernements locaux qui sont attaqués par des puissances étrangères et acteurs néfastes du web. Des compagnies privées sont aussi ciblées pour la collecte des données, telles que des institutions financières, des compagnies d’assurance, des établissements de santé, etc.
Le danger consiste évidemment à utiliser ces données pour exploiter le système électoral américain. L’intégrité du système est à risque, puisque ces mêmes données servent généralement à authentifier les individus pour l’éligibilité au vote. Une brèche qui peut être exploitée pour la fraude électorale par la poste, comme la Chine envisageait de le faire en 2020. (voir le deuxième article de cette série)
Par exemple, « en avril 2024, une société de vérification des antécédents, qui stockait d’importantes quantités de données (noms complets, adresses actuelles et anciennes, numéros de sécurité sociale, dates de naissance et numéros de téléphone), a subi une fuite de données colossale. 2,9 milliards d’enregistrements contenant les informations personnelles de 170 millions de personnes ont été compromis. Ces informations auraient été retrouvées sur le dark web et proposées à la vente pour 3,5 millions de dollars ».
Le rapport précise aussi qu’en « juin 2025, l’un des plus importants fournisseurs d’assurance complémentaire aux États-Unis a été victime d’une brèche de sécurité ayant compromis les données de 22,65 millions de personnes. Les attaquants ont mis la main sur des renseignements personnels sensibles : numéros d’assurance sociale, dates de naissance, numéros de permis de conduire et noms complets ».
En juillet 2017, « une agence d’évaluation du crédit a découvert une fuite de données qui aurait potentiellement touché 143 millions de citoyens américains, soit près de la moitié de la population ».
Et c’est sans compter que le « 10 février 2020, le département de la Justice américain a inculpé quatre membres de l’Armée populaire de libération chinoise pour espionnage économique, fraude électronique et fraude informatique ».
Un mot sur la démarche
Cet article conclut l’analyse exhaustive des 58 documents qui ont été déclassifiés par la Maison-Blanche le soir de l’adresse à la nation du président Trump. L’intention de cette série consistait à vérifier les allégations du président américain, dans une mise en rapport avec les documents fournis.
« J’annonce la déclassification et la publication immédiates de renseignements cruciaux, révélant des failles alarmantes dans notre infrastructure électorale. Ces preuves démontrent que notre système électoral actuel est dangereusement vulnérable, à des niveaux inimaginables auparavant, au piratage, à l’exploitation et à l’ingérence étrangère », a-t-il déclaré, le 16 juillet.
Force est d’admettre que son discours était en adéquation avec les faits.











