La Chine a bel et bien tenté d’influencer les élections américaines en 2020. Le deep state (l’État profond) a minimisé son intrusion électorale, notamment la CIA, et le FBI, où la figure de Nikki Floris est centrale dans cette histoire. Elle a fait rappeler un rapport de renseignement explosif sur la Chine et a centralisé l’information vers son département, en plus d’affirmer qu’elle opérait un gouvernement de l’ombre au sein du FBI.
Ce texte est le deuxième d’une série de quatre qui a pour objectif d’analyser l’ensemble des documents qui ont été dévoilés par la Maison-Blanche, le soir de l’allocution à la nation par le 47e président des États-Unis, le 16 juillet. Le premier texte (les vulnérabilités du système électoral américain) est disponible ici.
18 États et 220 millions d’électeurs
La Chine s’est accaparé l’information des listes électorales des élections de mi-mandat (probablement de 2018) de 18 États; certaines contenant le nom, la date de naissance, l’adresse domiciliaire et l’affiliation politique des individus. D’autres, comme au Kansas, contenaient, en plus des informations ci-haut, l’historique de vote, l’affiliation militaire et des numéros de téléphone partiels (les quatre derniers chiffres). Le document déclassifié précise que l’Empire du Milieu a probablement utilisé ces données pour découvrir l’identité de cibles importantes aux États-Unis.
Un autre document déclassifié soutient que la Chine a mis la main sur l’information de 220 millions d’électeurs répartis dans plusieurs bases de données entre 2016 et 2017, en plus d’avoir obtenu 28 millions de numéros d’assurance sociale. Ces données proviennent principalement du piratage de compagnies privées, d’organisations gouvernementales et d’organisations non-gouvernementales.
Le plan de la Chine pour subvertir les élections et le rôle de Nikki Floris
Au mois de septembre 2020, un rapport du FBI est disséminé à travers la communauté du renseignement et au-delà : CIA, DEA, DHS, FBI, NGA, NRO, NSA, ODNI, State, Treasury, Defense, Energy, Justice, White House, même la garde côtière le reçoit.
Il stipule que le gouvernement chinois a produit de faux permis de conduire américains pour les faire parvenir à des sympathisants chinois aux États-Unis, dans le but de créer des dizaines de milliers de votes postaux frauduleux pour le candidat présidentiel, Joe Biden.
Le rapport précise que ces faux permis sont destinés à des étudiants chinois et des sympathisants du Parti communiste chinois qui n’auraient normalement pas le droit de vote aux États-Unis. Les données pour la production de ces permis ont été récoltées par l’entremise de millions de comptes TikTok. Les faux permis doivent incorporer de vrais numéros d’identification (ID number) et de vraies adresses de citoyens américains afin de rendre leur détection difficile.
Ce rapport est un Intelligence Information Report (IIR) et n’a pas passé à travers tous les filtres d’analyse pour en confirmer la certitude. Un agent a obtenu l’information indirectement, c’est-à-dire que la source qui l’a informé a reçu l’information d’une sous-source identifiée, qui affirme avoir elle-même reçu l’information d’un fonctionnaire non-identifié du gouvernement de la République populaire de Chine.
Ce rapport ne faisait visiblement pas l’affaire de Nikki Floris, qui à l’époque, était directrice adjointe de la Division du contre-espionnage du FBI à Washington. Dans un document d’investigation du National Intelligence Council (NIC) sur les événements entourant le rapport de 2020, et qui s’intitule Inspection Division Reporting Strategic Review 07/07/2025, on découvre que l’IIR en question a fait beaucoup de bruit au FBI.
Lors de la journée de la dissémination du document, en septembre 2020, les courriels déboulent les uns après les autres.
Le rapport a soulevé des questions du côté de la Foreign Influence Task Force (FITF)-China, qui a contacté l’analyste superviseur du renseignement (Supervisory Intelligence Analyst) du FBI d’Albany, qui a lui-même contacté le subalterne de Floris, soit le chef de section du FITF, Bradley Benavides. C’est à ce moment que Floris entre en scène, recevant l’IIR de la part de Benavides. Elle contacte les autres directeurs adjoints des sections de la Division cyber et de la Division des enquêtes criminelles, laissant savoir que cet IIR allait attirer l’attention.
Or, le chef de section de la Direction du renseignement, Kellie Hardiman, envoie un courriel au chef d’unité de la Coordination du renseignement brute (Raw Intelligence Coordination Unit) affirmant que Floris « voulait qu’ils travaillent avec le FITF pour pousser des directives [sur la dissémination des IIR] ».
Floris a déjà l’intention de centraliser les IIR vers son département avant dissémination. Chose qu’elle confirme elle-même dans un courriel à un chef de section adjoint et la à la directrice adjointe à la Division cyber, Tonya Ugoretz, leur affirmant qu’elle avait communiqué avec la Direction du renseignement, requérant que tous les IIR en lien avec les élections passent par le HQ (Headquarter) de la Direction du renseignement, ainsi que par sa Division du contre-espionnage au FITF, à Washington.
En plus, elle pousse pour que le FBI d’Albany rappelle l’IIR sur la Chine qui aurait produit de faux permis pour frauder l’élection de 2020. Ce qu’elle obtiendra.
Pourtant, un analyste supérieur du renseignement d’Albany croit que le document a passé à travers le DRAIN, c’est-à-dire le système de fiabilité et de pertinence de l’information, avant de devenir du renseignement officiel.
Dans les jours qui suivent, au Field Office d’Albany, il y a au moins un mécontent. Dans un échange de courriels daté du 30 septembre 2025, on apprend que l’IIR en question doit faire l’objet d’une nouvelle démarche, plus approfondie. Elle devra être mieux sourcée, parce que l’information qu’elle contient contredit celle qu’a livrée le directeur du FBI de l’époque, Christopher Wray, devant le Congrès américain (probablement son témoignage du 17 septembre 2020 devant le House Homeland Security Committee).
Le lendemain, la réponse qui tracasse la personne à l’autre bout de ce courriel (probablement le Supervisory Intelligence Analyst en charge du dossier à Albany, mais comme tous les noms sont caviardés, on ne peut le savoir) sonne comme un coup de tonnerre dans un ciel bleu. Il est préoccupé par la politisation du dossier, notamment parce que l’information de l’IIR pourrait contredire les propos du directeur du FBI.
Il soulève aussi un autre excellent point, à savoir que le FBI ne constitue qu’une seule agence de la Communauté du renseignement américain (United States Intelligence Community—USIC), et que d’empêcher la dissémination de l’IIR « enlève l’opportunité cruciale du reste de la USIC de potentiellement corroborer ou discréditer [le] renseignement [du FBI] ».
Ah, et j’allais presque oublier la fameuse phrase de Floris lors d’une conversation avec une personne d’une autre organisation de la communauté du renseignement : « j’opère pratiquement un gouvernement de l’ombre à travers le FBI à ce point là ».
Les machinations néfastes de la Chine
Ce qui vient d’être expliqué ci-haut n’est qu’un des plans qu’avait la Chine pour interférer dans les élections de 2020 et en modifier le résultat. Les documents qui ont été déclassifiés et dévoilés le soir du 16 juillet révèlent une histoire plus conséquente encore.
Trois documents d’une agence de renseignement non-identifiée expliquent comment la Chine avait l’intention « d’influencer l’opinion publique contre l’administration Trump et l’opinion internationale contre le gouvernement américain ».
« Ces plans étaient conçus pour exploiter les failles et les vulnérabilités de la société américaine », peut-on lire dans le préambule de chacun de ces documents. Ils précisent que « la Chine a développé une capacité de projection de ces thèmes à travers les médias sociaux (TikTok, Facebook, Twitter (X), YouTube) et à travers les médias traditionnels avec une variété d’influenceurs, tant publics que cachés, ainsi que des contributeurs médiatiques ».
Premièrement, la Chine a voulu promouvoir les fractures sociétales des États-Unis, telles que les tensions raciales entre les blancs et les noirs, notamment en favorisant les manifestations et les marches qui mettent en évidence les divisions raciales; en augmentant le degré conflictuel entre la police et les organisations anti-racistes; en nourrissant l’impression que les forces de l’ordre américaines ont du ressentiment envers le gouvernement et les personnes de couleur.
En plus, la Chine a souhaité augmenter les tensions entre le gouvernement et les militaires; favoriser les désaccords entre les partis politiques; mettre de l’avant les désaccords de l’administration Trump avec le Congrès; instrumentaliser les droits des femmes; mettre de l’avant les volontés guerrières des États-Unis ainsi que ses politiques au sud de la Mer de chine et faire de la propagande internationale.
Deuxièmement, la Chine avait le désir de capitaliser sur la mauvaise économie des États-Unis et favoriser les discours qui encouragent les manifestations violentes et le pillage (looting); diffuser des messages de désapprobation sur le président Trump et contester sa capacité à gouverner; saper la légitimité et le support public du président des États-Unis.
Troisièmement, l’Empire du Milieu avait l’intention d’inciter le mécontentement des communautés de migrants à l’endroit du gouvernement américain; d’inciter les manifestations qui démontrent que le gouvernement américain ne respecte les droits de la personne des migrants; exacerber le ressentiment entre les communautés pro-immigrants et anti-immigrants; inciter les manifestations anti-immigrants.
Autrement dit, la Chine a fait usage d’un principe vieux comme le monde : diviser pour mieux régner.
Une note de la CIA sur les activités de la Chine entre 2018-2020
La note explique qu’à partir des élections de 2016, la Chine s’est mise à récolter de l’information électorale, en identifiant les secteurs de l’économie qui se situaient dans les États qui avaient voté pour Trump. Son objectif consistait à punir ces secteurs de l’économie américaine en levant des tarifs d’exportation en Chine.
À contrario, la Chine a récompensé les individus qui se sont montrés favorables à son égard, notamment en leur « payant des montants significatifs » pour aller faire des allocutions ou donner des conférences en Chine, le tout avec les frais de voyage en première classe et les frais d’hébergement payés.
Autrement dit, la Chine a fait usage de la carotte et du bâton pour mobiliser des pans de l’économie américaine qui devaient en retour faire pression sur la Maison-Blanche, pour la levée des tarifs contre la Chine.
La note de la CIA soutient qu’à partir du milieu de l’année 2019, la stratégie de la Chine a été de saper la confiance du public envers le président américain. La méthode consistait à offrir de gros contrats à de grosses firmes américaines pour influencer les leaders d’affaires à se rallier contre le président Trump.
La CIA admet d’ailleurs que des journalistes qui écrivaient négativement sur Trump ont été payés pour écrire encore plus d’histoires négatives sur lui.
Le deep state ou la dissension dans la Communauté du renseignement
La Communauté du renseignement est divisée sur l’ingérence de la Chine dans les élections américaines de 2020. Essentiellement, le FBI et la CIA semblent minimiser cette menace alors que l’Office of the Director of National Intelligence (ODNI) et la NSA ont l’opinion inverse et se questionnent à savoir pourquoi ces deux agences agissent ainsi.
Un échange de courriels entre le directeur aux menaces électorales du NIC et un analyste de la NSA montre que la dissension est réelle : « […] j’ai déjà gaspillé suffisamment de capital politique à me disputer avec la CIA et le FBI à ce sujet, et j’ai pensé qu’il serait plus productif pour moi de me tenir à l’écart de la discussion. Les positions ne sont pas si éloignées, donc je ne comprends pas pourquoi tant de personnes dans la communauté veulent écarter la possibilité que la Chine ait fait ou soit en train de faire *quelque chose*».
Et l’analyste de la NSA de lui répondre : « Merci. Pour information, lors de la dernière réunion du Comité des affaires chinoises, tous les participants à la NSA partageaient des idées similaires aux miennes. Je pense que beaucoup hésitaient à les exprimer, car le FBI et la CIA semblaient très fermes sur leurs positions. Je suis ravi de constater qu’un autre point de vue est possible ».
Donc, des acteurs du renseignement au FBI et à la CIA ont délibérément minimisé la menace de la Chine contre Trump, alors qu’elle souhaitait ouvertement l’élection de Joe Biden.











