Un rapport américain révèle l’ampleur du réseau d’influence du Parti communiste chinois (PCC) dans les démocraties occidentales, notamment au Canada qui est le pays le plus infiltré au prorata de la population.
La Jamestown Foundation, un think tank américain d’analyse stratégique basé à Washington D.C., a publié un document accablant pour l’écosystème politico-économique canadien, qui stipule que le pays est complètement investi par le Front uni du PCC, avec 575 organisations identifiées.
Ces organisations couvrent huit domaines: les associations de compatriotes (182), les chambres de commerce (109), les organisations étudiantes (76), les centres culturels et d’amitié (76), les médias (51), les associations professionnelles (42), les écoles de langue (21) et les groupes politiques partisans (18). Chacune joue un rôle spécifique dans l’architecture d’influence du Parti.
Le Front Uni du PCC
Le Front uni est un système d’agences du Parti communiste chinois chargé d’influencer les groupes situés à l’extérieur du Parti, même à l’étranger. Mao Zedong le décrivait comme l’un des « trois trésors magiques » du Parti et le définissait comme l’art d’« unir nos véritables amis pour attaquer nos véritables ennemis ».
Sous Xi Jinping, la stratégie s’est mondialisée : le Parti vise désormais toute personne d’ascendance chinoise dans le monde, indépendamment de sa citoyenneté, dans le but ultime de réaliser le « grand renouveau de la nation chinoise », c’est-à-dire dépasser les États-Unis comme puissance dominante et annexer Taïwan.
Le procédé est patient et méthodique. Le PCC identifie une organisation communautaire existante, établit un premier contact, invite ses dirigeants en Chine, renforce les liens sur plusieurs années, puis l’intègre progressivement aux narratifs du Parti. Tout cela se présente sous le couvert d’échanges culturels, de promotion commerciale ou de diplomatie de l’amitié.
Ceci dit, la Chine a des méthodes de compromission bien à elle, notamment avec la technique du Guanxi, qui consiste à acheter une personne sans rien demander en retour pendant des années, mais exiger d’elle qu’elle s’active comme un agent le jour où un service sera requis.
Des actes concrets
La Canada Shandong Chinese Business Association a organisé en 2016 un séminaire, où le Bureau du commerce de Weihai et la municipalité de Burnaby ont signé un protocole de coopération économique. Tony Luk, un leader communautaire lié au Front uni, a voyagé en jet privé vers la Chine avec trois premiers ministres canadiens différents, en 2001, 2003 et 2015, illustrant la profondeur de la pénétration dans les cercles de pouvoir.
La capacité opérationnelle du réseau du Front uni est réelle. En janvier 2020, dès les premiers jours de la pandémie, des organisations du Front uni au Canada, aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Allemagne ont expédié en quelques jours plus de 100 000 masques N95 et du matériel médical vers la Chine. Ce n’est pas un réseau théorique : c’est une infrastructure mobilisable sur commande.
Le ciblage de la jeunesse est particulièrement inquiétant. La Chinese Language Association of BC a co-organisé avec le Bureau des Chinois d’outre-mer sept camps d’été « À la recherche des racines », emmenant des jeunes sino-canadiens 23 jours en Chine pour y étudier la langue, les arts populaires et le kung-fu. L’objectif avoué du Parti : cultiver un « sentiment national » chez la deuxième et troisième génération.
Les démocraties occidentales ciblées
La recherche a identifié 2 294 organisations liées au système du Front uni du PCC dans quatre pays : 967 aux États-Unis, 575 au Canada, 405 au Royaume-Uni et 347 en Allemagne. Ramené en termes de proportion populationnelle, le portrait change radicalement. Le Canada compte environ 14,4 organisations du Front uni par million d’habitants, contre seulement 2,9 aux États-Unis. Autrement dit, le Canada est cinq fois plus infiltré que son voisin du sud. Sans l’ombre d’un doute, c’est le résultat d’un ciblage délibéré.
Le Canada domine aussi les quatre pays pour les chambres de commerce liées au Front uni avec 109, contre 91 aux États-Unis et les organisations culturelles (76 contre 58 aux États-Unis). Mais il y a plus. Les groupes politiques du Front uni couvrent les deux grands partis, la Chinese Canadian Conservative Association et la Chinese Canadian Liberal Association, garantissant à Pékin un accès au pouvoir quel que soit le gouvernement élu.
Ce rapport arrive au moment où la Commission Hogue sur l’ingérence étrangère a confirmé l’étendue de l’influence chinoise dans la politique canadienne. La Jamestown Foundation fournit désormais ce qui manquait : la cartographie précise. Nous avons les noms, les catégories, les liens institutionnels. La question n’est plus de savoir si le Canada est infiltré, c’est de savoir pourquoi on ne fait rien ?! Et poser la question, c’est y répondre.










