Le Canada poursuit son déclin avec la fuite des cerveaux vers les États-Unis, s’expliquant par un écart marqué entre les revenus les plus élevés au Canada et aux États-Unis. Et comme Indocile Média le montre avec les données, l’émigration des Canadiens est en constante croissance depuis la fin de la pandémie.
L’exode d’un nombre restreint de travailleurs hautement qualifiés peut avoir un effet disproportionné sur la productivité d’un pays, tout comme sur son PIB par adulte, explique la Banque du Canada dans un document de travail qui a été publié à la fin de l’année 2024.
Or, la Banque démontre que le top 10 % de la distribution des revenus explique environ 75 % de l’écart de PIB par adulte entre les deux pays! Essentiellement, ça signifie que gagner un bon salaire aux États-Unis est plus payant que de gagner un bon salaire au Canada.
Il semble assez clair que si les salaires sont plus attrayants au sud de la frontière pour les travailleurs hautement qualifiés, l’incitatif à partir est réel et tangible.
Par exemple, « parmi les immigrants canadiens de sexe masculin âgés de 30 à 39 ans et titulaires d’un diplôme de troisième cycle, plus de 18 % s’installent aux États-Unis dans les cinq ans suivant leur arrivée ».
La Banque du Canada a identifié trois grandes catégories pour expliquer ce phénomène, à savoir un déficit de capital humain, un manque d’investissement et un déficit d’innovation.
La Banque attribue notamment l’exode à la faible performance des entreprises canadiennes en matière d’innovation et en recherche et développement, créant un environnement défavorable aux travailleurs hautement qualifiés, qui préfèrent aller s’installer dans un vaste marché compétitif comme celui des États-Unis.
Ça explique aussi pourquoi on a vu une proposition, lors du congrès du Parti libéral du Canada à Montréal, de faire payer 500 000 dollars aux citoyens qui veulent partir travailler à l’étranger. Une telle mesure draconienne reflète le désarroi, vis-à-vis d’un environnement devenu moins favorable à la rétention des talents et à la compétition internationale.
Pourquoi le PLC voudrait-il tant retenir ces travailleurs hautement qualifiés au Canada ? Parce qu’ils représentent une part disproportionnée des recettes fiscales. Ce sont précisément ces contribuables à hauts revenus qui financent la majeure partie des dépenses publiques du gouvernement.
L’exode en chiffres
Le journalisme de données que produit Indocile Média apporte un éclairage substantiel sur cet enjeu. L’émigration a explosé en 2016-17, soit l’année suivant l’élection du PLC de Justin Trudeau, et a atteint près de 120 000 personnes cette année-là, avec un taux de retour de 53 % pour une émigration nette d’environ 56 000 personnes. Le tout a diminué jusqu’en 2020-21, mais est reparti à la hausse de manière significative depuis la fin de la pandémie — avec cette particularité — à savoir que l’émigration nette dépasse l’émigration de retour. Donc, il y a plus d’émigrants qui quittent le Canada que d’émigrants qui reviennent au Canada, alors qu’on sait que ce sont les plus qualifiés et les mieux rémunérés qui déguerpissent.











