Le chroniqueur du Devoir, Jean-François Nadeau, a fait preuve d’une mauvaise foi pathétique avec son texte publié lundi et intitulé La Honte. Procédé rhétorique et fausse analogie dans une optique de persuasion marquent l’article et tirent d’impossibles conclusions sur la base de prémisses tronquées.
D’emblée, il faut mentionner que Nadeau a un parcours académique remarquable et qu’il est intelligent : bac en histoire, scolarité de deuxième cycle en science politique et doctorat en histoire. Mais un homme de cette instruction ne fait pas ces erreurs par accident. Il les fait par choix.
Le texte en question est une charge contre le renforcement de la loi sur la laïcité, qui empêche notamment les éducatrices en garderie de porter un voile islamique. Personne n’est surpris. Avec ce qu’est devenu Le Devoir depuis le milieu des années 2010 — c’est-à-dire la feuille de chou woke de la gauche bourgeoise militante — on s’attend à ce que ce genre d’opinion y soit véhiculé. Mais qu’on le fasse par des procédés qui visent la manipulation, voilà une marche de plus que descend Le Devoir vers les affres de l’infamie.
Premièrement, Nadeau utilise le sophisme bien connu de la fausse analogie. Il dresse un portrait des préjugés d’une femme riche sur les clochards. Cette femme soutient que vivre dans la rue, c’est un choix. Nadeau veut nous faire comprendre que ce n’en est pas un. Ce qui est probablement vrai pour la majorité des sans-abris.
Le problème vient du fait que le chroniqueur trace un parallèle entre le non-choix de se retrouver dans la rue et le non-choix de porter et d’enlever un voile. La juxtaposition de ces deux éléments dans le même texte pour que le lecteur fasse un lien entre eux et la finalité qui les sous-tend est trompeuse. Pourquoi ?
Parce qu’il est évident pour chacun de ces cas, que le processus de décision de pouvoir faire un « non-choix » est complètement différent. L’individu qui devient un itinérant doit sa situation à la contingence et si par un coup de baguette magique il pouvait s’en sortir, il le ferait probablement. Or, la musulmane qui porte le voile, c’est la contingence qui la force à porter ce bout de tissu sur sa tête ? Évidemment que non, c’est par son libre arbitre qu’elle le fait. Par contre, pour elle, enlever son voile est aussi simple qu’un coup de baguette magique.
Dans le premier cas de figure la finalité est inéluctable, alors que dans le second, l’individu choisit réellement de se retrouver sans travail.
J’ajouterai ceci au passage : que ces 150 éducatrices en garderie aient décidé de perdre leur emploi plutôt que de retirer leur voile est très révélateur de la radicalité de leur croyance et de leur pratique. Elles suivent la charia : on mange halal, on porte le voile et on accorde une préséance à la loi islamique. Et oui, car l’Islam ne fait pas de différence entre le temporel et le spirituel. Ces femmes vivent par le Coran et lui accordent la priorité sur tout autre chose. Ça semble clair non ? Elles préfèrent quitter leur emploi plutôt que de se conformer à la loi de l’État du Québec.
Et si le voile n’est qu’un simple bout de tissu comme le prétendent ses défenseurs, pourquoi sacrifier son emploi pour lui ?
Quant au procédé rhétorique de l’amalgame, il est plus pernicieux. Il vise à associer dans la structure du texte même, des éléments pour lesquels on ne dresse pas directement de liens, mais qui vont s’opérer inconsciemment. Lorsqu’on dépeint la femme d’un milliardaire qui juge les itinérants, on dépeint en fait les puissants de ce monde comme des sans-coeurs. Ainsi, ce qu’on laisse transparaître sans le dire dans l’article, c’est que défendre la laïcité de l’État est comparable à l’indifférence des milliardaires.
Ce que fait Nadeau concrètement : il place les Arnault en ouverture, l’itinérance au milieu, et la loi 9 en fermeture, sous le même titre « La honte ». Le lecteur fait le travail tout seul. Et c’est sans compter les appels à l’émotion qui transpirent du texte à de multiples endroits.
Jean-François Nadeau sait exactement ce qu’il fait. Il choisit la manipulation et la rhétorique pour défendre son point de vue. C’est ça, la vraie honte.











