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Globalistes vs Réalistes : le cadre théorique de la géopolitique du 21ème siècle

Klaus Schwab, ancien président du Forum économique mondial, à gauche. Et l’actuel président des États-Unis, Donald Trump, à droite. Crédit photo: montage photo à partir des clichés de l’Agence France-Presse

par | 9 Juin 2025

La section Globalistes vs Réalistes pose les jalons d’une élucidation de l’actualité comprise entre l’analyse théorique et la description factuelle des événements. Elle évolue selon l’élaboration d’une grille de lecture dichotomique, en opposant deux écoles de pensée du domaine des relations internationales, soit le globalisme et le réalisme.

Pourquoi ces deux écoles de pensée? Parce que nous croyons qu’elles sont prépondérantes aujourd’hui et qu’elles reflètent le nouveau clivage géopolitique international. Il est clair que depuis la chute du mur de Berlin, en 1989, et la fin de l’Union soviétique, le monde a vécu un moment de domination géopolitique où les États-Unis se situaient au sommet de la chaîne alimentaire. Le théoricien, Francis Fukuyama, a naïvement nommé cet état de fait « la fin de l’histoire », sans prendre en compte les aspects dynamiques et contingents propres à l’évolution des sociétés humaines. Cette période hégémonique de l’empire américain sur la scène internationale correspond à un déploiement des tensions au sein d’un paradigme unipolaire.

Or, depuis la formation des BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine), en 2006, et avec l’ajout de l’Afrique du Sud en 2010 pour former les BRICS, le monde a commencé à se diriger vers une gouvernance multipolaire, créant un nouveau centre de gravité à partir duquel le Sud global peut maintenant s’arrimer. L’accélération du déclin de l’empire américain est corrélée avec l’espace qu’occupent de plus en plus les BRICS sur la scène internationale, notamment sur le plan du commerce et de l’influence géopolitique.

Du trans-nationalisme au globalisme

Si le courant du réalisme est centré sur la puissance militaire et économique de l’État ainsi que sur le progrès technologique, celui du trans-nationalisme s’en distingue en incluant l’interdépendance et l’interpénétration des actions à tous les niveaux de gouvernance. D’après J. Burton, dans son livre World Society (1972), ce modèle correspond, d’une part, à « la fin de la séparation entre politique interne et politique externe [propre à un pays donné] » et d’autre part à « l’impact potentiel qu’a tout événement se produisant en un endroit du monde en tout autre endroit du monde ».

On discute ici de ce qui sera qualifié 20 ans plus tard de globalisation, selon la définition qu’en donne A. Giddens dans le livre Les Conséquences de la modernité (1990), c’est-à-dire « l’intensification des relations planétaires, rapprochant à tel point des endroits éloignés que les événements locaux seront influencés par des faits survenant à des milliers de kilomètres et vice versa ». Fait important à noter, les acteurs non-étatiques sont désormais inclus au sein du jeu des relations internationales et occupent une place prépondérante.

Ainsi, en même temps que les États-Unis ont acquis le statut de l’unique super-puissance mondiale après le démantèlement de l’Union Soviétique, le courant trans-nationaliste s’est muté en celui du globalisme, vers le début des années 1990.

club de rome

L’économiste français Thierry de Montbrial (à gauche) pose avec le président du Club de Rome Aurelio Peccei (au centre) lors d’une conférence de presse pour la présentation de « L’énergie : Le compte à rebours », à Paris, le 11 octobre 1978.  Crédit photo: Agence France-Presse

L’érosion de la souveraineté des nations

Les principes de ce courant de pensée en matière de relations internationales se repèrent notamment dans les organismes supranationaux, comme le Forum économique mondial (FEM) ou encore le Club de Rome. Sans nul doute, le type de gouvernance se retrouve au cœur de l’opposition entre réalisme et globalisme, l’un accordant la prééminence à l’État-nation, l’autre à une gouvernance globale centralisée. Ce principe a clairement été exprimé dans le livre The first global revolution (1991), rédigé par un des cofondateurs du Club de Rome, Alexander King et par un diplomate français, Bertrand Schneider.

« Le concept même de souveraineté proclamée comme sacré par tous les gouvernements est remis en question, et pas seulement à cause du développement des communautés régionales. En effet, de nombreux petits pays ont déjà très peu de contrôle sur leurs propres affaires, en raison de décisions prises en dehors de leur territoire, comme l’établissement des prix des matières premières ou des taux d’intérêt, ou de politiques économiques modifiées pour obtenir un financement du FMI. L’érosion de la souveraineté peut être pour la plupart des pays une évolution positive vers le nouveau système mondial dans lequel l’État-nation aura, selon toute probabilité, une importance décroissante. » (p.16)

Ainsi, le globalisme coïncide avec l’érosion de la souveraineté des États, et par le fait même de celle de ses constituants, qui, même s’ils exercent leur droit démocratique à élire un gouvernement n’auront que très peu à dire sur le cours des choses. En fait, le globalisme suit un tout autre agenda que celui des peuples et des gouvernements démocratiquement élus.

Il cherche à étendre son emprise sur le réel pour établir un contrôle technocratique mondial, par l’entremise d’organisations supra nationales, telles que l’Organisation des Nations-Unis, l’Organisation mondiale de la santé, l’Union européenne, le Forum économique mondial, le Club de Rome, le Fonds monétaire international ou la Banque mondiale ou encore des organismes non gouvernementaux (NGO) qui vont concrètement appliquer le programme pour réformer les sociétés, comme l’Open Society Foundations de Georges Soros, ou le National Endowment for Democracy. Tous ces organismes procèdent à l’application du programme globaliste dans leur champ d’activité respectif: économique, politique, réglementaire, idéologique, etc.

Ainsi, le clan Trudeau fait intégralement partie du Forum économique mondial, sans compter que Chrystia Freeland et Mark Carney sont sur le conseil d’administration de l’organisation depuis plusieurs années. Il faut bien comprendre la portée du langage utilisé lorsque l’ex-président du FEM, Klaus Schwab, précise qu’il a pénétré les cabinets, notamment celui du clan Trudeau. Il ne faut pas non plus croire qu’il y a une différence fondamentale entre la gouvernance de Trudeau et de Carney.

club de rome

Klaus Schwab lors de la rencontre du Forum économique mondial, en janvier 2025. Crédit photo: Agence France-Presse

Du globalisme ou du contrôle total

Qu’est-ce que la gouvernance globale ? La récurrence dans la similarité du traitement des enjeux mondiaux en vue de l’accomplissement de l’agenda globaliste. Par exemple, durant la pandémie de COVID-19, tous les pays du G7 ont employé des politiques de création monétaire massive, communément appelées quantitative easing, soit de «l’impression d’argent». Cela a créé une inflation sans précédent. De la même manière, tous ces pays connaissent une immigration de masse pratiquement incontrôlée depuis la fin de la pandémie, provoquant une pression supplémentaire sur le système social. D’autant plus que l’immigration de masse qui a actuellement cours s’effectue à partir de civilisations étrangères à la culture et aux valeurs du pays d’accueil, créant quelque chose comme un choc des civilisations, pour paraphraser S. Huntington.

Ordo ab chaos. Il faut créer le chaos pour introduire un nouvel ordre sociétal. Ce type de mouvement social a déjà été dénoté à l’échelle de l’histoire, notamment par la transfiguration substantielle de la société capitaliste du 19ème siècle, décrite dans le livre de Karl Polanyi, La grande transformation (1944). Quel est ce plan pour le 21ème siècle ? Un biocontrôle panoptique établi à travers un nouveau système économique fondé sur les monnaies numériques étatiques et centralisées.

L’instauration d’un salaire universel à travers un système de monnaie numérique de banque centrale, mieux connu sous le nom de CBDC (Central Bank Digital Currency), revient à remettre entre les mains de l’État toute autonomie financière, c’est-à-dire toute autonomie liée au pouvoir d’achat et à la possibilité de se déplacer. Pour que les peuples acceptent de se soumettre au nouvel ordre sociétal par eux-mêmes, il faut préparer le terrain en amont. Comment ? En créant un désespoir phénoménal. En détruisant le système économique actuel et en diluant les nations avec l’immigration de masse. Pourquoi ? Parce que l’indépendance financière et économique des individus est un moyen de résistance concret au CBDC, d’où l’importance du Bitcoin, et l’union identitaire des nations historiques permet de faire face au péril civilisationnel. Lorsque je me reconnais dans autrui qui me ressemble, je suis solidaire de sa cause.

Le projet globaliste c’est l’application même du concept de destruction créatrice de Schumpeter. Détruire l’économie et détruire les nations pour créer la société du biocontrôle panoptique. À n’en pas douter, la gauche woke diversitaire écervelée et les anarchistes en tout genre participeront volontiers à ce projet, mais ils en seront les victimes comme le reste du monde.

Ainsi, ces monnaies numériques seront programmables et l’État pourra décider de ce que vous aurez le droit d’acheter ou non et quand vous pourrez l’acheter. Il pourra ainsi surveiller tous vos achats et contrôler vos déplacements. Bref, cela ressemble au crédit social chinois. L’Union européenne est en bonne voie d’adopter le CBDC, peut-être même avant la fin de l’année 2025. Bienvenue dans l’ordre globaliste mondialisé, dystopie par excellence des sociétés post-capitalistes.

 

Le président des États-Unis, Donald Trump, représente le courant réaliste au sein de la politique américaine. Crédit photo: Agence France-Presse

Le réalisme ou la vitalité des peuples qui résistent

Le courant du réalisme est probablement un des plus ancien paradigme des relations internationales, puisqu’il est intrinsèquement associé à l’État nation. Selon la bible des relations internationales, soit la volumineuse 6e édition de l’ouvrage de référence Théories des relations internationales (2019), le réalisme répond aux quatre propositions principales suivantes :

  • « l’état d’anarchie dans lequel se trouvent les relations internationales est synonyme d’état de guerre, car il n’existe aucune autorité centrale susceptible d’empêcher le recours à la violence armée de la part des acteurs internationaux »;
  • « les acteurs principaux des relations internationales sont les groupes de conflit et, depuis qu’existe le système interétatique westphalien, ces groupes sont essentiellement des États-nations organisés territorialement »;
  • « incarnés dans le chef du pouvoir exécutif, les États-nations sont des acteurs rationnels qui cherchent à maximiser leur intérêt national défini en termes de puissance eu égard aux contraintes du système international »;
  • « l’équilibre des puissances est le seul mode de régulation susceptible d’assurer non pas la paix, mais un ordre et une stabilité internationaux forcément précaires, car dans l’histoire sans fin que constituent les relations internationales, il n’y a pas de progrès possible ».

Le réalisme est aujourd’hui incarné dans les États-nations qui s’opposent au projet globaliste, notamment les BRICS, mais pas uniquement. Il y a, aux États-Unis, des factions opposées qui endossent ces deux approches, et ce, dans les deux partis. Il y a des néoconservateurs démocrates et républicains qui sont globalistes et d’autres qui sont réalistes.

En fait, la grille d’analyse gauche-droite perd en signification. La politique internationale se déploie maintenant selon deux catégories de politiciens : les sous-fifres de Davos qui veulent implémenter le projet globaliste, et les réalistes qui ont à cœur l’intérêt national, et se faisant celui du peuple sur lequel repose leur légitimité démocratique.

Ainsi, l’administration Biden, c’est-à-dire ceux qui tiraient les ficelles du vieil homme sénile, était un acteur de premier plan du globalisme (politique de frontière ouverte, impression incommensurable d’argent, politiques de DEI qui gangrène toutes les sphères de l’État pour saper les fondements traditionnels de la société). Alors que l’administration Trump, qui compte en son sein une multitude d’éléments hétéroclites, est indubitablement réaliste (protectionnisme économique, légitimité du peuple, liberté d’expression, désir de mettre fin au moment unipolaire américain).

Voilà, en quelques mots, la grille de lecture théorique qui commande l’analyse de la section Globalistes vs Réalistes. Tous les textes à venir tireront leur substance à partir de ce schéma de compréhension du monde.

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Julien Garon-Carrier

Fondateur d’Indocile Média

Journaliste et auteur, formé en communication et en science politique, engagé à défendre une information libre et sans compromis.

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