La BdC a émis un avis aux marchés le 13 novembre dernier stipulant qu’elle allait reprendre ses achats de bons du Trésor du Canada. « La Banque reprendra ses achats de bons du Trésor à compter du 16 décembre 2025, en effectuant des achats sur le marché primaire sur une base non concurrentielle lors des adjudications du gouvernement du Canada. »
En langage clair, ça signifie que la BdC va acheter des bons du Trésor au prix du marché. Cela fonctionne de la manière suivante: le ministère des finances mentionne son intention d’émettre des bons du Trésor aux enchères, les acteurs du monde de la finance dépose leurs mises et par la suite la BdC achète au prix déterminé par l’enchère, sans toutefois y participer directement.
Mais il y a une différence majeure entre un acteur du monde de la finance, comme une banque, un fonds ou un investisseur privé qui achète des bons du Trésor et la Banque du Canada. Dans le premier cas de figure, les acheteurs puisent les liquidités à même leur réserve, alors que la BdC ne fait qu’augmenter son bilan en créditant l’achat des bons au gouvernement. Autrement dit, elle émet de nouvelles liquidités, de nouvelles unités monétaires. En bon français, on pourrait dire qu’elle imprime de l’argent, même si dans les faits, ce ne sont que des transferts numériques qui sont effectués.
Politique monétaire et inflation
Comme l’a postulé le professeur émérite de l’Université de Chicago et Prix Nobel d’économie de 1976, Milton Friedman, il n’y a que le gouvernement qui crée l’inflation en augmentant la masse monétaire, autrement dit, en imprimant des billets de banque. Du moins, c’est l’élément structurel principal de la cause de l’inflation.
En fait, comme l’explique Lawrence Lepard dans le livre The Big Print: What Happened to America and How Sound Money Will Fix It (La grosse impression : ce qui est arrivé à l’Amérique et comment une monnaie saine y remédiera), le système monétaire est complètement biaisé en faveur des ultra-riches qui bénéficient toujours les premiers du nouvel argent émis par les banques centrales.
Ils l’obtiennent à des taux préférentiels et le revendent plus cher. Ils l’investissent et achètent toutes sortes de biens, comme de l’or, des propriétés, des terrains et font augmenter les prix en créant une pression sur la demande. Bien avant que cet argent ne descende l’échelle sociale et atteigne le citoyen normal, l’inflation bat son plein et tout coûte plus cher. Donc, la majorité de la population ne bénéficie pas de ce nouvel apport monétaire dans l’économie, c’est ce qu’on appelle l’effet Cantillon.
Le Big Print?
Naturellement, ce n’est pas ce qui est annoncé par la Banque du Canada. On ne doit pas forcément s’attendre à la grande impression, pas maintenant du moins. Mais on ne sait pas encore les montants qu’elle compte investir dans les bons du Trésor, car elle le dévoilera le 9 décembre. On sait que le gouvernement Carney a un déficit record à financer et que les investisseurs étrangers se sont montrés prudents cette année envers les bons du Trésor du gouvernement du Canada, ce qui pourrait obliger la BdC à en absorber davantage.
D’ailleurs, la Banque du Canada a tendance à arrimer ses décisions à celle de la Réserve fédérale américaine (FED). On sait que la FED va arrêter sa politique de contraction monétaire (quantitative tightening) le 1er décembre, ce qui devrait apporter des liquidités sur les marchés. On sait aussi que le gouvernement américain doit refinancer sa dette de quelque 37 billions, et qu’il devra imprimer de l’argent pour y arriver. Se pourrait-il que le Canada soit tenté, lui aussi, par le Big Print?











