L’économie du Canada se porte mal alors que la guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis s’intensifie: les capitaux étrangers désertent les titres canadiens, le secteur industriel implose et le déficit de la balance commerciale s’accroît depuis l’imposition des tarifs américains.
Plusieurs documents d’analyse économique qui ont été produits par la Banque Nationale démontrent que l’économie du Canada est sur une mauvaise tangente qui pourrait l’affecter structurellement, si la situation n’est pas renversée à court terme. Le tout, dans un contexte de guerre commerciale qui s’intensifie avec les États-Unis.
Fuite des capitaux
Une note économique s’intitulant Capital flight (or is it fright?) soutient que les investisseurs étrangers ont littéralement quitté le Canada. Le document parle littéralement d’une fuite des capitaux en 2025, affirmant que « jamais la première moitié d’une année calendaire n’avait suscité un intérêt aussi mitigé de la part des capitaux étrangers ». C’est en fait à un désinvestissement de l’économie canadienne à laquelle nous assistons.
Pis encore, les investisseurs canadiens eux-mêmes se sont réfugiés dans l’économie des États-Unis, puisque l’avenir économique est incertain au pays, en achetant pour 124 milliards de dollars de titres américains, souligne la note économique.
Les acheteurs étrangers manquent aussi à l’appel quant à l’acquisition des bons du Trésor, alors qu’ils avaient absorbé 75 % de l’émission de la dette du gouvernement du Canada, en 2024. Les investisseurs domestiques ont dû combler le manque à gagner et ont écopé de 100 milliards en bons du Trésor.
Le document se termine sur une assez pessimiste et affirme que « si elle se prolonge, l’apathie des investisseurs étrangers pourrait s’avérer problématique, voire carrément inquiétante ».
Implosion du secteur industriel
Un autre document discute de la longue agonie du secteur industriel canadien, qui périclite depuis que les libéraux ont pris le pouvoir à Ottawa, en 2015. Le volume d’investissement dans les machines et le matériel industriel au Canada s’est découplé de celui des États-Unis autour de 2011, et a à peu près stagné jusqu’en 2015. Mais à partir de là, il a subi une dégringolade vertigineuse, comme en témoigne le graphique suivant.
Les auteurs de cette note économique mentionnent que le deuxième trimestre de cette année a été le pire en la matière, depuis 1981! Ils croient que la cause de cette désindustrialisation est imputable à plusieurs années « de réglementation excessive et un manque chronique d’ambition de la part des gouvernements successifs pour promouvoir la transformation domestique de nos ressources naturelles — récemment aggravés par l’agenda protectionniste de Washington ».
Les auteurs ne mâchent d’ailleurs pas leurs mots lorsqu’ils affirment que « cet échec a érodé la base manufacturière du pays et nous laisse à risque de devenir insignifiants dans les chaînes d’approvisionnement mondiales ».
Balance commerciale déficitaire
Le déficit commercial du Canada s’est élargi pour la première fois depuis l’implantation des tarifs. Les exportations vers les États-Unis ont diminué depuis le mois d’avril et le déficit commercial s’est creusé au mois d’août, passant de 3,82 milliards à 6,32 milliards. « Les exportations nominales ont diminué de 3,0 %, tandis que les importations nominales ont augmenté de 0,9 % », précise la note économique. Entre autres choses, l’exportation du bois d’œuvre et des produits de la scierie a connu un recul de 25,4%, alors que les exportations de produits métalliques et non-métalliques, tels que l’or, l’argent et le palladium bruts, ils ont chuté de 11,8 %.
Le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, a diminué de 25 points de base le taux directeur pour le faire passer de 2,5 % à 2,25 %, lors de la conférence de presse sur la politique monétaire du 29 octobre dernier. Mais il a dit une chose qui devrait retenir l’attention: « ce qui est le plus inquiétant, c’est qu’à moins qu’on change d’autres choses, notre niveau de vie en tant que pays, celui des Canadiens, sera plus bas que ce qu’il aurait été autrement ».
Notons finalement, qu’il y a quelques semaines, le directeur parlementaire du budget par intérim, Jason Jacques, a qualifié d’insoutenable le ratio dette/PIB du Canada, et a estimé le déficit du gouvernement du Canada à près de 68 milliards de dollars dans le budget qui sera déposé le 4 novembre prochain.











