Dans sa chronique du 2 mai, Isabelle Hachey a défendu avec véhémence le port du hijab (foulard islamique) pour le personnel scolaire. Elle considère que la loi 94 qui interdit le port de signes religieux est injuste à l’égard des femmes musulmanes. Elle prétexte que le Québec ne souhaite pas une seconde ronde de chicane sur ce sujet, après la crise des accommodements raisonnables durant les années 2000, et avance que l’opposition du commentariat médiatique québécois au voile islamique est idéologique.
Sa chronique est gravement pathétique. Premièrement, elle fait appel au bon vieux stéréotype du peuple québécois qui n’aime pas se chicaner, qui souhaite être consensuel dans toutes les situations. On pourrait y voir une tentative de culpabiliser ceux qui ne pensent pas comme elle sur ce sujet. Après tout, les médias excellent dans la manipulation de masse. Mais là où sa chronique devient complètement ahurissante, c’est lorsqu’elle essaie de lui conférer un verni scientifique en s’appuyant sur les propos de l’anthropologue français, Daniel Verba. Elle cherche à opposer les aspects idéologique et empirique du phénomène, la dernière option étant meilleure, puisque relevant du terrain.
Un signe neutre, vraiment ?
Or, Verba s’appuie sur un cadre théorique discutable. Il endosse les concepts développés par Jean-Paul Willaime, sociologue et spécialiste des sciences des religions, à savoir qu’un fait religieux constitue un fait collectif, symbolique, émotionnel, et matériel. Il abonde d’ailleurs dans le même sens que le philosophe Régis Debray, à savoir que ce fait est observable, neutre et pluraliste. Dans les prémisses mêmes de sa conception, cette vision est vouée à l’échec.
Comment voulez-vous qu’un symbole religieux porteur de signification pour une collectivité, voire une civilisation, et chargé émotionnellement par un facteur d’attachement culturel soit neutre, en soi ? Il n’y a pas de neutralité à cet égard. Il importe de le mentionner puisque le port du voile islamique ne s’inscrit pas comme un geste isolé, un fait neutre et observable inclut au sein d’une réalité plurielle, non. Il fait plutôt partie d’un système de croyances compris au sein d’une doctrine religieuse qui endosse des dogmes et des impératifs.
ahhh, le terrain !
Cela dit, l’arme secrète de Verba sur laquelle Hachey mise, c’est son travail de terrain. Nonobstant, les lacunes propres aux méthodologies qualitatives qui peuvent difficilement rendre compte d’une situation générale en fonction d’une inférence logique, les propos de Verba révèlent une crédulité abasourdissante. Selon lui, les femmes musulmanes portent le voile librement en toute autonomie, puisque voyez-vous, c’est ce qu’elles lui ont dit dans ses entrevues terrain. La belle affaire!
Une telle affirmation suppose qu’aucune des femmes rencontrées ne lui a menti. Cela suppose aussi de ne pas prendre en compte le déterminisme inhérent au milieu. Si toutes les femmes autour de vous portent le voile et que vous ne le portez pas, peut-être qu’une forme de rejet du milieu se fera sentir, vous incitant à agir conséquemment.
Islam mondial et radicalité
Par ailleurs, ce type d’assertion passe aussi sous silence le contexte global qui afflige l’islam aujourd’hui à l’échelle planétaire. Selon Europol, 334 personnes ont été arrêtées en lien avec les 14 attentats terroristes imputables au jihad en 2023, en Europe. Cela compose 78% des arrestations pour les 120 attentats terroristes de toute nature confondue, survenus en Europe cette année-là. C’est sans compter que, selon la Fondation pour l’innovation politique, 84% de tous les attentats islamistes survenus depuis 1979, partout à travers le monde, se sont produits durant la décennie 2013-2024, soit 56 413 attentats. 65,6% de ces attentats ont eu lieu en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et en Afrique subsaharienne.
Y aurait-il une forme de radicalisation islamiste de la religion musulmane? Et si oui, y aurait-il une influence rigoriste de cette tendance islamiste sur l’islam régulier? Et si oui, devrions-nous prendre cette tendance mondiale en l’isolant selon des parties du monde, en nous disant que cela peut bien se passer ainsi ailleurs, mais pas ici? Ce serait naïf, n’est-ce pas? De quelles régions du monde croyez-vous que les immigrants musulmans proviennent? En fait, selon Majid Oukacha, un ex-musulman français qui a écrit le livre, Ex-musulman : le guide de survie, cette radicalisation s’avère le propre de la religion musulmane elle-même.
À cet effet, Verba parle d’une corrélation illégitime provenant de courants réactionnaires. L’assignation d’étiquettes est facile. Mais ne pas faire cette corrélation est peut-être plus dangereux. Il est de notoriété publique que plusieurs mosquées sont financées par les frères musulmans et le Qatar à des fins politiques, faisant preuve d’un rigorisme religieux dogmatique, ce qui est probablement le cas tant en Europe qu’au Canada et aux États-Unis. Du moins certaines associations entretiennent des liens avec eux.
Un symbole polysémique ?!
Finalement, Verba affirme sans rire que, lorsqu’on change de contexte politique, la signification du port du voile change elle aussi. En Iran, le voile symbolise une oppression, mais en Occident la liberté. Voilà qui est fort de café et pas juste un peu. Imaginerait-on une croix chrétienne ou une statue de Krishna avoir une autre signification selon l’endroit où l’on se trouve sur terre ?!
En fait, le voile est plutôt le symbole de la faiblesse de l’homme musulman. Il serait incapable de maîtriser ses pulsions parce que la femme représente la tentation, et dès lors, lui ferait porter le fardeau d’atténuer sa convoitise en cachant ce corps que nous ne saurions regarder. En un mot comme en mille, la chronique d’Isabelle Hachey est une lubie pathétique.











