Le verdict est unanime à l’épisode du 6 mai des Mordus de politique, Marc Carney, le nouveau premier ministre du Canada, a offert une bonne prestation devant les caméras au Bureau ovale, celui-ci ayant tenu tête au Président américain, Donald Trump.
Dimitris Soudas, l’a qualifié de « charmeur » et de « dompteur ». Michelle Courchesne a dit de lui qu’il a été « très habile ». Jean-François Lisée a noté que Carney avait fait montre d’euphémisme et, qu’en vérité, il a dit quelque chose qui voulait dire autre chose. Lisée s’est-il transformé en grand psychanalyste qui maîtrise l’analyse du surmoi ? Allez-savoir. Et Françoise Boivin l’a trouvé intelligent d’avoir utilisé la flatterie pour s’attirer les bonnes grâces de Trump. Tout ce cirque est pathétique.
À titre de rappel, Carney a parlé environ trois minutes durant cette rencontre et Trump près de 30 minutes. Le premier ministre a fait ce qu’il a pu, mais ces interventions ont été timorées. Et pour trouver un quelconque charme à Marc Carney lorsqu’il parle, il faut vraiment être déphasé avec le réel. Visiblement, nos analystes ont tiré à côté de la cible.
Les bottines ne suivent pas les babines
Commençons par énoncer une évidence qui crève les yeux. Marc Carney a passé la quasi-entièreté de la campagne électorale à casser du sucre sur le dos du président américain avec des slogans creux, tels que « Elbows up » et « Never 51 ». D’une part, il attisait la peur et, d’autre part, il se posait en sauveur de la nation : celui qui allait tenir tête à Donald Trump. Or, lors de cette rencontre, il a clairement agi comme quelqu’un de soumis et de réservé, qui, comme à l’école, levait la main avant de prendre la parole, attendant l’approbation du maître! Son seul fait d’arme, avoir dit que le Canada n’était pas à vendre. Et bien, bravo, on s’en réjouit!
Naturellement, on ne souhaite pas une confrontation frontale avec le président Trump. Mais peut-être que, si un seul de ces mordus avait pu mentionner qu’il y a eu comme un léger décalage entre ce que Carney avait dit en campagne électorale et ses actions à la Maison-Blanche, peut-être, je dis bien, peut-être, que ça aurait permis d’avoir un soupçon de confiance envers ce média, mais non. En fait, Carney a pris sa place et a symboliquement endossé la fonction que joue le Canada à l’égard de son voisin du sud, celui du deuxième rôle qui donne la réplique. Il n’y avait pas de quoi se pâmer là.
Tarifs 101
Les tarifs sont un outil économique qui va servir à réindustrialiser les États-Unis. Depuis l’accélération de la mondialisation, au début des années 2000, un vaste pan de la production américaine a été transféré à l’étranger. Cette ère est terminée. Trump souhaite redonner à la classe moyenne américaine (main street). Il n’y a rien de compliqué là-dedans, si produire à l’étranger avec l’imposition de tarifs devient non compétitif pour intégrer le marché américain, les compagnies doivent s’établir aux États-Unis, favorisant l’emploi des travailleurs américains.
Or, Lisée prétend complètement l’inverse, à savoir que le président des États-Unis « fait mal au travailleur américain ». Lorsqu’on regarde un peu le bilan de ses 100 premiers jours, on se rend vite compte que ce n’est pas tout à fait le cas. Selon le site Truflation, l’inflation se situe à 1,57%, contre environ 3% à pareille date l’année dernière. Sans compter la diminution significative de l’arrivée de migrants illégaux à la frontière sud, rehaussant peut-être un peu le sentiment de sécurité de la nation.
On peut aussi souligner quelques bons coups, comme des investissements de plusieurs milliards de dollars de joueurs de l’industrie des puces informatiques, comme TSMC et Nvidia. Ou encore le secteur de l’automobile qui pourrait renaître de ses cendres. À terme, les tarifs vont fonctionner pour les États-Unis, puisqu’ils possèdent le plus gros marché.
L’ordre international
En ce qui concerne l’ordre international, Trump et son administration brassent les cartes d’une manière que peu de commentateurs médiatiques saisissent. Lisée soutient qu’il « est en train de mettre à mal les alliances internationales et faire le jeu de Poutine ». Nous ne nous étendrons pas sur le sujet, car nous avons une section entière du média consacrée à ce type d’enjeux (Globalistes vs Réalistes). On a affaire ici à l’épouvantail russe, ou encore, le bon vieux principe de l’anti-communisme dont discute Chomsky dans Fabriquer le consentement. Je vous invite à écouter ou réécouter le discours du vice-président des États-Unis, James David Vance, lors de la conférence sur la sécurité de Munich, pour y voir plus clair.
Bref, l’incapacité de ce panel de commentateurs à saisir la politique nationale et internationale dans toute sa complexité – sans forme de distorsion aucune imputable à l’antipathie qu’ils ont à l’endroit de Donald Trump – s’avère patente et pathétique.











