Une affiche indiquant une panoplie de comportements proscrits lors de la fête nationale du Québec circule ces jours-ci sur les réseaux sociaux. Elle véhicule un principe d’encadrement du réel cher à la pensée woke, soit celui du safe-space, et participe par le fait même à l’hyper-réglementation de la société, tuant la pulsion de vie propre à l’action festive.
Cette affiche énonce un ensemble de comportements qui sont interdits sur le site où se dérouleront les festivités de la Saint-Jean-Baptiste, mais on ne sait pas si on doit rire ou pleurer devant l’absurdité de la situation. Le nombre d’actions proscrites est élevé et leur nature est saugrenue. On pourrait même se demander s’il y a encore place à la fête. Mais la logique qui sous-tend ces interdictions est bien plus pernicieuse qu’elle n’y paraît.
Hyper-réglementation
Il s’agit en fait d’une hyper-réglementation de la société qui encadre le réel comme s’il devenait une sorte de safe-space à ciel ouvert. En réalité, nous sommes en train de discuter du concept de « discipline », cher au philosophe français Michel Foucault. Il en résulte l’application d’une « microphysique du pouvoir » qui régit le corps des individus dans les moindres détails de leurs actions.
Vous ne pouvez apporter votre chaise et votre glacière comme dans le bon vieux temps, comme lors d’un événement normal où on s’assit et on socialise avec les gens aux alentours. Vous ne pouvez laisser place à l’improvisation et aller y rejoindre des amis en skateboard ou en rollerblades, car ils sont interdits sur le site. Il ne faudrait pas non plus que le manche de votre drapeau soit trop long, parce que ça pourrait être une arme, potentiellement. Et que dire des objets qui font du bruit, des feux d’artifice ou des charriots, non, non et non.
En fait, en cherchant à planifier l’encadrement du réel jusque dans les plus petites actions, cela a pour effet de détruire l’expression ou la manifestation spontanée d’une pulsion de vie qui est certainement nécessaire à l’existence normale et naturelle d’une personne, d’une société, d’un peuple. Cela est d’autant plus vrai lors d’un moment festif.
Un sujet obéissant et peureux
Pis encore, cette hyper-réglementation participe à la colonisation de l’espace mental, c’est-à-dire la topographie d’un territoire psychologique où l’individu assimile le permis et l’interdit, maintenant, et pour les fois à venir.
L’hyper-réglementation est une forme de contrôle qui se dénote lorsqu’un étatisme exacerbé accapare la planification du réel sous une forme managériale. Conséquemment, cela diminue la vitalité de la société civile – le liant sociétal – laissant place à un individu atomisé. En somme, cette manie à l’interdiction disciplinaire crée des sujets obéissants et peureux.
N’ayons pas peur des mots : les dommages que cause le virus woke vident la civilisation occidentale de sa substance. Parlez-en à ceux et celles qui ont connu la fête de la Saint-Jean-Baptiste dans les années 1990-2000 sur les plaines d’Abraham avec des dizaines de milliers de personnes.











