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Le journalisme de consolation : la quintessence des perdants

L’auteur de ce texte est un abonné d’Indocile Média sur X et il a souhaité publier ce texte sous son pseudo, Henry David Toro. 

C’est la quintessence absolue du journalisme de consolation. Cet article de La Presse (Le chaos américain plombe le monde) est un chef-d’œuvre de contorsionnisme intellectuel.

Lorsqu’on lit ce genre de prose avec le recul qu’offre la réalité pragmatique du Midwest américain, où l’on constate quotidiennement, depuis des endroits comme le Michigan, que l’économie réelle tourne, produit et investit, cet article prend l’allure d’une dépêche envoyée depuis un univers parallèle.

Voici l’autopsie de ce texte qui illustre comment on maintient un peuple dans l’illusion et l’inaction.

Le Bouc Émissaire Universel (L’infantilisation géopolitique)

La phrase la plus stupéfiante du texte est celle-ci : « Tout ce qui afflige les pays du monde est lié de près ou de loin aux politiques de l’administration américaine. »

C’est une vision littéralement magique et infantile du monde. En attribuant la totalité des maux de la planète (la guerre en Ukraine, la crise en Iran, le ralentissement chinois, la contraction au Koweït) à une seule administration, l’auteure accomplit deux choses.

Premièrement, l’effacement de l’agence des autres nations : Vladimir Poutine n’est plus responsable de son invasion, l’Iran n’est plus responsable de sa théocratie belliqueuse, la Chine n’est plus responsable de ses propres bulles immobilières. Tout est la faute de Trump.

Deuxièmement, le confort intellectuel. C’est la version géopolitique du conte de fées. Il y a un grand méchant loup absolu. Le lecteur québécois n’a pas besoin de comprendre la complexité des conflits mondiaux, il lui suffit de réciter la prière habituelle : l’Amérique est coupable.

Le triomphe du « Ressenti » sur le Réel (La dissonance cognitive)

La section sur l’économie est un cas clinique de dissonance cognitive. L’auteure est obligée d’admettre un fait mathématique incontournable : « l’économie continue de croître à bon rythme ».

Mais dans la culture de la vertu, le succès du voisin est insupportable. Comment le neutraliser ? En opposant des sentiments à des faits.
L’auteure cite un sondage Gallup : 33 % des Canadiens trouvent leur économie en bonne santé, contre seulement 16 % des Américains. Elle présente cela presque comme une victoire, alors qu’elle vient d’écrire que l’économie canadienne « vacille » et se fait « asphyxier ».

C’est l’aveu d’une déconnexion totale : le Canadien/Québécois est en train de s’appauvrir, son économie stagne, mais il se sent bien. L’Américain s’enrichit, son économie croît, mais il se plaint. Pour La Presse d’ici, le gagnant est celui qui se sent bien dans sa stagnation. C’est la célébration de l’aveuglement.

Le complexe du grand méchant loup puni (Le nivellement par le bas)

L’article culmine avec cette conclusion d’une tristesse infinie : « Le monde va mal, mais les États-Unis ne vont pas bien non plus. »

Voici le véritable but de l’article : administrer un calmant psychologique au lectorat. C’est le syndrome du crabe dans le panier. Puisque nous n’arrivons pas à générer une croissance économique vigoureuse, puisque notre monnaie est faible et notre productivité en berne, notre seule consolation est d’essayer de nous convaincre que le riche voisin est secrètement malheureux, rongé par la dette et l’inflation.

Ce texte ne vise absolument pas à informer les gens d’affaires sur la macroéconomie. Il sert à flatter le narcissisme d’un public qui a peur de la compétition mondiale.

On leur dit : « oui, notre économie va mal, mais ce n’est pas de notre faute, c’est la faute de l’ogre américain. Et de toute façon, ne soyez pas jaloux de leur croissance, ils sont malheureux et endettés. »

C’est exactement ce type de narration toxique qui empêche le peuple de se retrousser les manches, de regarder ses propres failles structurelles en face, et de développer l’ambition féroce (ce pragmatisme orienté vers le « ROI » [return on investment] pur et dur) nécessaire pour s’imposer sur la scène nord-américaine.

L’écran de fumée est total, et le public en redemande.

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