La frontière terrestre entre le Canada et les États-Unis, à Lacolle. Crédit photo: Agence France-Presse.
Le Canada connaît des lacunes importantes en matière de filtrage des individus qui mettent les pieds sur son territoire depuis plusieurs années. Le manque de ressources à l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) et l’imposition de quotas contraignent les employés à bâcler leur travail, laissant passer entre les mailles du filet des criminels, des terroristes et des illégaux en tout genre.
Le problème a atteint un tel degré que les États-Unis, le principal partenaire financier du Canada et son plus grand allié, déplorent ouvertement la situation dans les médias. Dans une entrevue accordée à CTV News en décembre dernier, Tom Homan, le tsar des frontières de l’administration Trump, a expliqué qu’il n’y avait « pas beaucoup de filtrage d’effectué pour entrer au Canada, comparativement aux États-Unis ».
Plus récemment, le directeur du FBI, Kash Patel, a aussi souligné que « 85% des 300 terroristes connus ou présumés qui étaient entrés aux États-Unis en 2024 avaient pénétré à partir du Canada ».
Or, cette situation dure depuis plusieurs années, puisque l’ASFC est une entité corrompue où la culture du silence et du népotisme règne impunément, comme notre article avec le lanceur d’alerte Luc Sabourin l’a démontré.
Cette page de l’affidavit du lanceur d’alerte de l’ASFC, Luc Sabourin, témoigne de lacunes majeures à la sécurité nationale.
Des lacunes depuis au moins 2006
Dans un affidavit daté du 28 novembre 2024 – à l’intention de la députée conservatrice, Raquel Dancho, et du député indépendant, Kevin Vuong – Luc Sabourin dénonce les méthodes de filtrage de l’ASFC.
« Au cours de l’année 2006, en tant qu’analyste junior à la révision à la sécurité […], j’ai signalé à la gestion de l’ASFC mes préoccupations sur les méthodes et les pratiques d’imposer des objectifs de volume quotidien sur des tâches concernant la sécurité nationale du filtrage et de la vérification des visas, lesquels étaient préoccupantes et présentaient un potentiel sérieux d’affecter la qualité de notre travail et d’affecter l’ensemble du portfolio de la sécurité avec des effets désastreux ».
En somme, ce qu’on demandait aux analyses c’était de privilégier le volume de dossiers traités plutôt que la qualité de traitement des dossiers, alors qu’on parle d’octroyer des visas à des étrangers en provenance de pays à risque, dont certains peuvent nuire à la sécurité nationale.
En décembre 2006, Sabourin soulève des préoccupations à la gestion sur sept individus identifiés comme des « red flags »; sur quatre individus identifiés comme des cibles présentant des problèmes de sécurité nationale; sur un individu figurant sur la liste de surveillance du terrorisme, en tant que participant aux attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, qui se trouvait au Canada, à Ottawa, et qui cherchait à faire renouveler son visa.
Que s’est-il fait répondre par la gestion de l’ASFC ? Qu’il avait passé trop de temps sur ces dossiers et qu’il n’avait pas atteint son quota quotidien! Et ce, alors même que les résultats de ses recherches avaient été validés à l’aide de plusieurs systèmes informatiques sécurisés et des bases de données des ambassades outre-mer. La gestion lui a même demandé, contre son gré, de déclarer ces individus NRT, soit non reportable trace.
À gauche, le député du Bloc, Jean-Denis Garon, et à droite, l’agent Luc Sabourin. Les deux hommes ont travaillé ensemble en vue de la rédaction du projet de loi C-290, qui doit protéger les lanceurs d’alerte de l’appareil fédéral.
Se débarrasser du problème
À la suite de cet accrochage avec la gestion, Sabourin sera transféré dans un autre département, puisque la logique à l’Agence des services frontaliers du Canada, c’est de se débarrasser des problèmes plutôt que d’essayer de les régler.
Pis encore, en 2008, ses anciens collègues du département du filtrage et de la vérification ont écrit une lettre aux gestionnaires de l’ASFC, pour leur faire savoir que la pratique des quotas créait des enjeux de qualité du travail et de stress pour le personnel.
Ce qui frappe le plus dans tout ça, « c’est que nous sommes presque 20 ans plus tard et rien n’a changé », soutient l’agent Sabourin, ajoutant, « au contraire, la situation ne peut qu’empirer avec la politique d’immigration de masse mise en place par les libéraux ».
Frontières
En fait, Luc Sabourin affirme que le Canada est une véritable passoire et que les organisations criminelles et les terroristes le ciblent comme port d’entrée en Amérique du Nord. Ceux-ci foulent le sol canadien avant de disparaître dans la nature et de traverser la très poreuse frontière terrestre avec les États-Unis. Non seulement le Canada est devenu un danger pour lui-même, mais aussi pour son voisin du sud, d’où les sorties publiques de Patel et d’Homan.











