Postes Canada a cumulé des déficits de plus de 3,6 milliards $ en 10 ans. Le modèle économique du monopole d’État devrait être libéralisé et privatisé pour favoriser la concurrence et engendrer des économies substantielles au trésor public et, ultimement, aux payeurs de taxes.
Postes Canada n’est pas compétitive à cause du coût élevé de sa main-d’œuvre, a révélé une étude de l’Institut économique de Montréal (IEDM), parue aujourd’hui. La part de marché de la société d’État pour la livraison de colis a diminué de 38% en cinq ans. Elle est passée de 62% en 2019 à 24% en 2024. Quant au volume de lettres, il a diminué de 64%, en passant de 5,5 milliards en 2006 à 2 milliards en 2024.
Le problème principal découle du fait que Postes Canada est un monopole public. Faute de concurrence, il y a une « absence de contrôle des coûts [qui] n’entraîne aucune conséquence […] puisque les prix facturés aux consommateurs peuvent toujours être augmentés », souligne la note économique.
« En privatisant Postes Canada, ses gestionnaires ne pourront plus compter sur les contribuables pour venir à leur rescousse », explique le co-auteur de l’étude, Gabriel Giguère, analyste senior en politiques publiques à l’IEDM. « Ils devront, plutôt, identifier et éliminer le gaspillage qui gangrène sa structure. »
Libéralisation et privatisation
L’Institut économique de Montréal croit qu’il faut s’inspirer de la libéralisation du secteur de la poste en Allemagne, vers la fin des années 1980 jusqu’au milieu des années 2000, tout comme de la privatisation de la Deutsche Post à partir de l’an 2000, entreprise pour laquelle le gouvernement possède encore près de 17% des actions.
Cette réforme a permis l’ouverture du secteur de la poste allemande à la compétition avec l’apparition de près de 100 concurrents sur les marchés locaux. Cela a provoqué la diminution des tarifs postaux en Allemagne, contrairement à Postes Canada, où ils ont augmenté de 50% depuis 1989.
« On voit bien l’incapacité de Postes Canada à s’adapter à un marché changeant, alors qu’elle mise sur un marché de la lettre en déclin, pendant que ses concurrents croissent dans le marché d’avenir que sont les colis », affirme Gabriel Giguère.
Dans le but de maximiser les profits et de rester compétitive, la Deutsche Post n’a pas eu d’autre choix que de procéder au licenciement de près de 50% de ses employés entre 1990 et 2004.
Éviter les écueils
Afin de ne pas reproduire les erreurs de l’Allemagne, l’IEDM soutient qu’il faut libéraliser le marché dans un court intervalle de temps. Dans le cas contraire, cela permettrait à « certains groupes d’intérêts de s’organiser et d’établir des relations privilégiées avec les régulateurs ». L’Institut suggère une libéralisation du marché sur deux ans.
En ce qui concerne la privatisation de Postes Canada, la note économique suggère de vendre ou de céder des parts de l’entreprise aux employés actuels, afin d’éviter la liquidation des actifs et favoriser le rendement du travail, puisque l’intérêt des travailleurs convergerait avec celui de la compagnie.











