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Quand l’euthanasie devient du storytelling pour Québecor

par | 5 Déc 2025

L’article de Québecor qui présente l’aide médicale à mourir d’une femme de 101 ans comme un événement réjouissant et un « beau cadeau » n’est pas seulement pathétique : c’est la légitimation publique, souriante et festive de l’euthanasie d’État.

Le texte en question souligne que la dame habitait en résidence pour personnes âgées, qu’elle avait chuté à deux reprises et fait un AVC. Tout cela avait gravement détérioré son état de santé physique, ce qui l’a amené à choisir l’aide médicale à mourir.

D’emblée, il faut mentionner qu’Indocile Média croit à la liberté individuelle et respecte le choix de cette dame de mettre fin à ses jours, dont l’état de santé s’était dégradé. Ce n’est pas là que se situe le cœur de notre critique, mais plutôt sur le plan de la méta-signification (la signification de la signification) de l’article et de ses implications sociales.

Promotion de l’euthanasie d’État

Tout ce qu’on voit, tout ce qu’on lit, tout ce qu’on écoute dans les médias et dans l’espace public a une signification de premier degré, mais aussi de second degré et c’est là où l’article de Québecor pose un problème.

Au premier degré, c’est tel quel, c’est du Québecor tout craché : un texte « humain » sur la mort d’une dame qui a choisi l’euthanasie. Un article de type « storytelling » hautement émotionnel et susceptible de garder le lectorat sur la page!

Ce papier devient problématique lorsqu’on s’attarde à la signification de second degré : la méta-signification. D’une part, il faut comprendre le message implicite que transmet ce texte et, d’autre part, le ton sur lequel il est relayé.

L’acceptation et la normalisation de l’euthanasie d’État constituent le message implicite du texte. Et le ton sur lequel il est livré oscille entre le jovialisme désinvolte de la libération d’un corps usé par 100 ans d’existence, et la douce nostalgie d’avoir mené une belle et bonne vie.

Indocile Média n’affirme pas que le journaliste encourage subjectivement l’euthanasie. Non, il fait son travail journalistique de manière objective. Mais la décision de publier ou non cette nouvelle en dit long. La décision de traiter cette nouvelle sur le ton qu’on lui confère en dit long aussi, c’est-à-dire en rapportant les propos de la dame qui soutient qu’elle a « hâte », que cela est un « cadeau » pour elle.

On ne doit pas sous-estimer l’influence et l’impact sur la psyché collective que peut avoir un tel article de presse : une personne âgée le lira et se dira que c’est tout aussi bon pour elle, l’AMM. Un proche aidant voyant un parent dépérir lui glissera à l’oreille que l’AMM est une alternative.

Pourquoi croyez-vous qu’on a dit à la classe journalistique d’arrêter de couvrir les suicides dans les médias dans les années 1990? Tout simplement parce que ça exerçait une influence à la hausse sur le taux de suicide! Le simple fait de traiter le sujet dans les nouvelles avait incité des individus à passer à l’acte. On ne voit pas pourquoi les choses seraient différentes pour l’aide médicale à mourir.

Si l’euthanasie d’État devient un a priori empirique de l’ordre de la pratique normale pour les personnes âgées, c’est la part sacrée de l’homme que l’on sacrifiera sur l’autel du progressisme de la gauche inepte.

Des économies d’échelles par l’euthanasie des populations non-productives

Une étude controversée est parue dans Le journal de la mort et du deuil au mois de février. Elle soutient que le gouvernement pourrait effectuer des économies substantielles (jusqu’à 1273 milliards $) en euthanasiant les populations vulnérables du Canada d’ici 2047, c’est-à-dire les personnes souffrant de maladies mentales, les sans-abris, les toxicomanes, les retraités et les communautés autochtones.

L’étude soutient que ces économies seraient réalisées en allégeant le fardeau fiscal du gouvernement, notamment en réduisant les services offerts à ces populations par l’euthanasie forcée. Dans le cas d’une aide médicale à mourir volontaire pour l’ensemble de ces groupes, les économies maximales s’élèveraient à 65 milliards de dollars.

« Le nombre total de décès potentiels par AMM, si les populations vulnérables étaient autorisées à y avoir recours, s’élèverait à 16 692 205 d’ici 2047 », souligne l’étude. Or, la Loi canadienne sur l’aide médicale à mourir prévoit l’élargissement de l’admissibilité à l’AMM des personnes dont le seul problème est une maladie mentale, au 17 mars 2027.

Naturellement, Indocile Média ne prétend pas que le gouvernement du Canada envisage de mettre de l’avant une politique généralisée d’euthanasie d’État à l’égard des populations vulnérables. Mais si toutefois il devait le faire, il devrait y aller graduellement pour s’assurer de l’acception sociale d’une politique aussi draconienne.

Et c’est exactement le rôle qu’a joué le texte pathétique de Québecor : travailler jovialement sur la normalisation de la culture de la mort assistée, un petit pas à la fois.

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À propos

Julien Garon-Carrier

Fondateur d’Indocile Média

Journaliste et auteur, formé en communication et en science politique, engagé à défendre une information libre et sans compromis.

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