L’ex-animateur vedette de l’émission, Canada Tonight, a livré un témoignage accablant sur les pratiques internes de CBC/Radio-Canada lors d’une séance du Comité permanent du Patrimoine canadien, mardi. Climat toxique, partisanerie, censure éditoriale, représailles et manque d’équilibre, Dhanraj rejoint ce que plusieurs critiques dénoncent depuis longtemps.
L’affaire Dhanraj avait soulevé un tollé au Canada anglais, en juillet dernier, lorsqu’il avait claqué la porte de la CBC avec fracas en publiant une lettre de démission incendiaire dans le Toronto Sun, jetant l’opprobre sur le diffuseur public en dénonçant les pratiques mentionnées ci-haut.
Dans un témoignage au parlement canadien cette semaine, il est entré dans les détails du climat de travail néfaste qui règne à CBC/Radio-Canada.
Travis Dhanraj a dévoilé toute l’hypocrisie du diffuseur public en une seule phrase : « Il s’agit de contrôle systémique, de symbolisme [racial], d’application sélective de la loi, et d’une culture toxique où l’intimidation reste impunie. »
Devant le comité, Dhanraj a précisé que si publiquement il était présenté comme un animateur incarnant la diversité, il n’était considéré en vérité que comme un symbole diversitaire (tokenism) et que la capacité à diriger son propre programme lui avait été progressivement retirée. David Cochrane, l’animateur de l’émission Power & Politics, contrôlait quels politiciens pouvaient ou ne pouvaient pas apparaître sur Canada Tonight. Sans compter que Power & Politics avait imposé une liste de 43 à 45 personnes que Dhanraj ne pouvait inviter à son émission (liste noire éditoriale).
Pire encore, lorsqu’il a publié sur X que l’ex-présidente de la société d’État, Catherine Tait, avait refusé une demande d’entrevue à son émission, il a été retiré des ondes. Or, Tait a nié, le 7 mai 2024, devant ce même comité, qu’elle savait que des représailles avaient été prises contre Dhanraj, alors qu’une demande d’accès à l’information démontre le contraire.
Tout cela traduit une culture malsaine des représailles et de contrôle centralisé, qui clash avec l’image d’ouverture au monde de CBC/Radio-Canada.
« J’ai exprimé mes inquiétudes. J’ai remis en question le contrôle centralisé et les préjugés. J’ai milité pour une véritable diversité et l’égalité des chances. J’ai tenté de faire mon travail de journaliste. En quelques mois, j’ai été retiré de l’antenne, sanctionné, interdit de parole, privé de mon émission sur les heures de grande écoute, et finalement poussé vers la sortie », a-t-il souligné.
Lors de son passage en comité parlementaire, Travis Dhanraj a aussi témoigné des confidences que lui ont faites de nombreuses personnes qui ont été à l’emploi du diffuseur public, et qui ont elles-mêmes expérimenté ce climat toxique. Ces personnes ont peur et ont vu en Dhanraj une sorte de héros qui a tenu tête à la société d’État.
« Je travaille à Radio-Canada depuis 10 ans et j’ai été témoin et victime de nombreux cas de détournement de fonds publics, de racisme, de favoritisme, de népotisme, de harcèlement sexuel et d’abus verbaux », a dit Dhanraj à propos d’une source actuellement à l’emploi du diffuseur public.
Ou encore cet autre témoignage d’une femme blanche lectrice de nouvelles à Vancouver qui a perdu son emploi en raison de la couleur de sa peau.
« Après environ un an comme présentatrice à Vancouver, j’ai été soudainement relevée de mes fonctions. On m’a expliqué que cette décision était liée à ma couleur de peau, qu’en tant que personne blanche, je ne correspondais pas aux objectifs de diversité qu’ils cherchaient à atteindre. » Comme il le dit lui-même, la liste est longue et il pourrait poursuivre comme ça longtemps.
Le témoignage de Dhanraj vient soutenir les allégations de partisanerie à l’encontre de CBC/Radio-Canada en faveur du Parti libéral du Canada. On lui interdisait d’avoir des représentants de la perspective conservatrice à son émission.
« J’ai dit que, pour ce qui est de la participation des intervenants, il nous faut un équilibre. Il ne s’agit pas d’avoir une émission uniquement avec des conservateurs ou uniquement avec des progressistes », a déclaré Dhanraj en comité parlementaire, ajoutant que « si l’émission ‘‘Power and Politics‘‘ diffuse constamment des arguments progressistes, nous devons, en tant que chaîne, veiller à l’équilibre. J’ai également dit à Brodie Fenlon et à Andree Lau que nous contrevenons à l’article 11 de la Loi sur la radiodiffusion si nous n’accordons pas un temps d’antenne équitable à tous les points de vue ».











