Le magazine new-yorkais Vogue a publié un article à la fin du mois d’octobre qui constitue une charge en règle contre le couple hétérosexuel, en y affirmant qu’il est gênant de nos jours pour une femme d’être en couple avec un homme. La seule chose qu’expose véritablement cet article, ce sont les dérives du wokisme qui véhiculent une pulsion de mort par la négation de soi.
L’article en question ne peut pas réellement être pris au sérieux. Il est composé d’une collection de témoignages anecdotiques de podcasteuses, d’influenceuses, de commentaires de femmes sur Instagram. Il cherche à décrire une tendance qui se résume à dire que ce n’est pas cool pour une femme d’être en couple avec un homme. Ce serait trop hétéro-normatif. On y utilise même le mot hétéro-fatalisme.
Wokisme et constructivisme, la grande dérive des sciences sociales
De telles conneries découlent de plusieurs années de normalisation d’un discours universitaire qui s’est radicalisé dans les facultés de science sociale et qui s’est transmis dans les sphères médiatico-politiques progressive et institutionnelle.
On peut remonter jusqu’aux années 1980 avec la théorisation du postmodernisme, qui a formé des paradigmes dans plusieurs grandes universités, notamment avec les penseurs de la « French theory ». Chaque génération de théoriciens qui ont succédé aux Foucault (Les mots et les choses), Lyotard (La condition postmoderne), Deleuze (L’anti-Œdipe), Derrida (L’écriture et la différence) se sont radicalisés dans la théorisation des concepts.
Les départements universitaires ont vu naître de nouvelles spécialisations découlant du postmodernisme, tels que les « gender studies », le post-colonialisme et l’idéologie de la restitution historique, les mille-et-une variations radicales du féminisme, etc.
Le problème c’est que le socle idéologique sur lequel reposent tous ces courants théoriques opère à partir d’une épistémologie constructiviste, qui, essentiellement, postule que la réalité est une construction sociale. Elle est ce qu’on en pense. À tout ce brouhaha théorique, on doit ajouter le courant postmarxiste et vous obtenez les conditions idéales pour la naissance du wokisme, un concept qui désigne une réalité à mi-chemin entre le melting pot théorique décrit ci-haut et le militantisme.
Lorsque l’idéologie gouverne la réalité
Après des décennies d’endoctrinement dans les facultés de science sociale, ces types de conceptions idéologiques se transposent dans la réalité et affectent le devenir collectif d’une société donnée. Et de fil en aiguille, de proche en proche, le constructivisme a donné lieu au déconstructivisme : il ne s’agit plus uniquement de dire que tout est construction sociale, mais il s’agit de déconstruire l’ordre normatif sur lequel la société s’est érigée. Il faut la remplacer par une abolition de la normalité normative, non pas uniquement sur le plan des normes sociales, qu’elles soient juridiques, politiques ou économiques, mais aussi par une redéfinition de la primauté identitaire qui a été naturellement donnée en fonction du sexe à la naissance.
À partir de là, on peut extrapoler sur toutes les variations débilitantes de la conception de l’identité, puisque, par-devers l’acception déconstructiviste du monde se profile un relativisme extrême, où tout doit être accepté au nom de l’identité. Dans la réalité, cela donne lieu à des pratiques absurdes et pathétiques : un homme d’âge mûr se dit désormais une fillette et utilise le vestiaire des femmes à la piscine publique, une femme se prend pour un cheval et gambade dans un champ, des dizaines d’hommes portent des masques en cuir et agissent comme des chiens en déambulant dans les rues, des gens se disent homme une journée et femme l’autre journée, selon leur humeur du moment, etc. La liste des incongruités identitaires de notre époque est longue et pénible.
Mais revenons-en à l’article du Vogue, où la nouvelle tendance pour une femme, c’est de ne plus montrer qu’elle est hétéro, de ne plus montrer qu’elle est épanouie dans un couple avec un homme, justement au nom des concepts de type constructiviste dont nous parlions plus haut, à savoir l’hétéro-normativité et l’hétéro-fatalisme.
Tout cela est hautement problématique. N’en déplaise aux tenants de l’école de pensée postmoderne, le réel a ses droits. Seules les femmes peuvent avoir des enfants. La nature leur a confié le rôle de la reproduction de l’espèce. D’autant plus que nous sommes à un moment de l’histoire où les taux de natalité n’ont jamais été aussi bas en Occident.
Alors, lorsqu’on voit un prestigieux magazine de mode qui s’adresse aux femmes dans la vingtaine et la trentaine faire l’apologie d’une idée aussi délétère que de ne pas être en couple avec un homme par idéologie ou par tendance cool, on ne peut que s’inquiéter : une pulsion de mort traverse le filtre médiatique.











