L’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) est complètement dysfonctionnelle, selon le président national du syndicat des douanes et de l’immigration, Mark Weber : il y a plus de bureaucrates que d’agents de douanes, uniquement 1% des marchandises est inspecté, la direction empêche les agents d’effectuer leur métier adéquatement et la culture de travail y est toxique.
Lors de son passage devant le Comité permanent de la sécurité publique et nationale sur la gestion de la frontière Canada-État-Unis, le président du syndicat a soulevé plusieurs écueils, qui neutralisent l’agence et rendent ses opérations inefficaces.
Structure bureaucratique
Un des problèmes que rencontre l’ASFC tient au fait qu’il y a trop de bureaucrates, c’est-à-dire qu’il y a plus de gestionnaires de niveau intermédiaire que d’agents frontaliers qui opèrent sur le terrain. Une situation que M. Weber qualifie de commune dans plusieurs postes frontaliers. Il suggère que les sommes qui sont allouées à l’embauche de tous ces bureaucrates soient plutôt redistribuées vers les postes d’agents de terrain.
Le mode d’attribution des postes de haute gestion s’avère aussi un écueil qui mine le fonctionnement de l’ASFC. Au lieu de promouvoir des employés qui montent les échelons au sein de l’organisation, ces postes sont plutôt pourvus par «des personnes qui sont parachutées de l’extérieur». «Donc, les gens qui sont en position de décider comment les douanes vont opérer n’ont jamais travaillé aux douanes», a-t-il révélé.
«Il faut souvent expliquer à la haute gestion comment les douanes fonctionnent […] c’est vraiment choquant parfois», a admis le président national du syndicat des douanes et de l’immigration.
1% des marchandises fouillées
L’ASFC a pris un tournant technologique depuis plusieurs années pour remplacer les agents frontaliers par des scanners qui permettent l’auto-déclaration lorsqu’une personne traverse les douanes.
La diminution du personnel a engendré une diminution des fouilles et des interrogatoires, ce qui fait en sorte que moins de 1% des marchandises qui traversent la frontière sont inspectées, et on ne parle même pas du contrôle des personnes qui arrivent au Canada.
«Ce dont on se rend compte à l’ASFC, c’est que la technologie nous remplace. On ne fait plus vraiment de fouilles, on parle à presque plus personne qui arrive par un aéroport. On voit le même genre de plans [se dessiner] pour les frontières terrestres. C’est très préoccupant! On dépend de l’auto-déclaration des gens», a déclaré Mark Weber.
Empêchés d’opérer
Les agents des postes frontaliers ne peuvent effectuer leur travail normalement, puisqu’ils se font imposer des directives qui vont carrément à l’encontre de leur mandat. Par exemple, si un agent des douanes qui travaille à un poste frontalier terrestre aperçoit quelqu’un traverser illégalement à partir des États-Unis, il ne peut l’arrêter.
«C’est mon mandat légal en tant qu’officier de l’ASFC d’interdire cela, mais je ne suis pas autorisé à le faire. Je dois téléphoner la Gendarmerie royale du Canada (GRC), qui va peut-être me dire qu’elle sera là dans quatre ou six heures. Des fois, ils nous disent qu’ils ne peuvent pas venir du tout», a affirmé M. Weber.
«C’est honteux», a-t-il ajouté, précisant que «cela pourrait facilement être rectifié si l’ASFC en donnait la consigne».
«Nous avons des ressources sur place [dans les régions rurales] qui ne demandent qu’à prêter main forte à la GRC, mais qui se font dire ‘‘non vous ne pouvez pas le faire’’ », a déploré le président du syndicat.
Climat de travail toxique
De tous les départements de l’État fédéral, l’ASFC est l’endroit principal où les employés déclarent que le climat de travail est exécrable.
«Je pense que l’autre facteur important sur lequel je dois me prononcer, c’est la culture absolument toxique. Nous sommes les derniers de tous les sondages du milieu de la fonction publique», a-t-il dit, précisant que les gens préféraient aller travailler dans les prisons qu’à l’ASFC.
Les employés de l’ASFC se font dire de marcher au pas ou ils seront renvoyés. «C’est une façon horrible de traiter les gens», a affirmé Mark Weber.
Corruption
Plus tôt cette année, Indocile Média a raconté l’histoire du lanceur d’alerte Luc Sabourin, qui a mené un combat pour l’intégrité de sa fonction au sein de l’ASFC, mais qui, pendant des années, a constaté de la corruption, du népotisme, des actes de sabotages et des crimes de la part de simples agents, mais aussi de gestionnaires et de hauts fonctionnaires.
Par exemple, la destruction de passeports confisqués, dont certains étaient liés au crime organisé, du coulage d’information par une taupe au service d’une organisation criminelle, des gestionnaires qui ferment les yeux ou qui participent à des stratagèmes douteux, voire qui requièrent de leurs subalternes des actes illégaux.
Son combat en tant que lanceur d’alerte a mené à un projet de loi privé du Bloc Québécois pour la protection des lanceurs d’alerte, mais il n’a jamais obtenu la sanction royale avant la dissolution de la 44e législature, soit celle du dernier mandat de Justin Trudeau.











