Le débat qui a opposé Mathieu Bock-Côté et Raphaël Enthoven sur les ondes de France Culture samedi a eu le mérite de montrer à quel point la gauche est en décalage avec l’air du temps, niant le remplacement des peuples par l’immigration massive et les attaques à la liberté d’expression au sein des démocraties occidentales.
À l’émission d’Alain Finkielkraut, les deux pugilistes devaient se prononcer sur la nouvelle Stratégie de sécurité nationale des États-Unis, qui stipule, entre autres choses, que si les tendances immigrationnistes actuelles se poursuivent, le Vieux Continent sera méconnaissable d’ici 20 ans, voire moins.
D’emblée, Bock-Côté précise son positionnement en donnant raison à la Maison-Blanche et soulève deux enjeux qui participent à la désolation des sociétés occidentales, à savoir l’immigration de masse et les attaques portées par la caste des globalistes à la liberté d’expression.
La réponse de son adversaire est à la fois pathétique et stéréotypée, représentant l’archétype de la gauche bourgeoise progressiste. Enthoven dit qu’il ne faut pas comprendre l’Europe (et par extension l’Occident) sur la base de son histoire, mais plutôt sur la base d’une idée. L’homme est un idéaliste au sens propre du terme. Or, donner forme au réel sur la base d’une idéologie s’est souvent mal terminé à l’échelle de l’histoire.
Et quelle est cette idée? Le repositionnement du débat, non pas sur la dominance entre un degré prépondérant de liberté ou d’égalité, nous dit-il, mais entre ceux qui veulent s’ouvrir au monde et ceux qui veulent se replier sur eux-mêmes. Autrement dit, Enthoven fait du signalement de vertu: soit vous acceptez l’immigration massive, soit vous êtes un xénophobe. Le gauchisme à son meilleur est toujours celui des donneurs de leçons!
Globalistes vs Réalistes
Lorsque Mathieu Bock-Côté décortique les mutations de l’Occident, on croirait lire une certaine rubrique d’Indocile Média. C’est qu’en fait nous posons le même constat. L’avènement du monde unipolaire depuis la chute du mur de Berlin a permis de propulser sur l’avant-scène de l’histoire le régime globaliste, dont l’emprise sur le monde se veut uniformisatrice et hégémonique.
Or, la réponse de notre époque au globalisme et ses tenants s’incarne par un sursaut démocratique des peuples, qui s’est traduit dans la révolution nationale populiste aux États-Unis et dans certains pays d’Europe, mais aussi par le renouveau du réalisme sur le plan géopolitique.
Qu’est-ce que ça signifie concrètement? « Restaurer les souverainetés nationales, stopper la submersion migratoire, restaurer une version maximaliste de la liberté d’expression, confesser une grande méfiance aux techno-structures qui se substituent à la souveraineté populaire », soutient Bock-Côté.
À cet effet, le penseur québécois a une phrase polémique, mais juste, lorsqu’il dit qu’aujourd’hui cette révolution nationale populiste est « la véritable gardienne de la démocratie libérale ».
Encore une fois, la triste réplique de Raphaël Enthoven est bien représentative de ce qu’est devenue la gauche aujourd’hui, si tant est qu’elle n’ait jamais été autre chose que la tentation totalitaire propre au collectivisme qui la définit.
En somme, Enthoven affirme que Trump confisque le pouvoir dans un esprit antidémocratique. Allons directement au cœur de la chose : Enthoven prétend que la droite est illégitime à gouverner, puisque sous couvert de rendre sa liberté au peuple, celle-ci la lui volerait.
Liberté d’expression et discours haineux
Pis encore, Enthoven ne voit pas la pente glissante sur laquelle s’est engagé l’Occident quant à la criminalisation du discours dit haineux, dont l’objectif véritable est de faire taire les oppositions politiques au régime globaliste. Par exemple, lorsqu’on qualifie ces oppositions d’extrême droite pour les discréditer, ou lorsque la police allemande arrête un quidam pour un post sur X, ou lorsqu’Ottawa s’aligne sur Bruxelles en matière d’identité numérique.
Or, la conception de la liberté d’expression devrait être maximaliste, exactement à la manière que Bock-Côté la décrit.
Il faut prêter attention à ce que dit Enthoven dans l’extrait suivant, lorsqu’il affirme que la loi ne fait pas tout, mais que c’est la jurisprudence qui doit réguler le discours. Cela nous ramène au débat entre les tenants de la souveraineté parlementaire et du gouvernement des juges. Mais la gauche qu’incarne Enthoven croit en fait qu’il faut pouvoir poursuivre autrui pour des désaccords idéologiques. On nage en plein délire, celui de la culture de l’annulation (cancel culture).
Grand remplacement
Et en ce qui concerne le changement de peuple, Enthoven ne voit pas cela, ne lit pas cela, ne sent pas cela. La gauche serait-elle frappée de cécité volontaire ?
Eh bien, que dire de tous les bateaux remplis d’illégaux qui se déversent tous les jours sur les côtes de l’Europe et de l’Angleterre ?
Ou encore, prenons la situation catastrophique du Canada. Depuis le dernier recensement en 2021, la population a augmenté d’environ 4,5 millions d’habitants, alors que les taux de natalité sont en chute libre. Dans les faits, cette croissance est imputable à l’immigration de masse et représente une augmentation de 12,5 % de la population canadienne en quatre ans ! Pour la seule province du Québec en 2024, 30 % des naissances ont été engendrées par deux parents nés à l’extérieur du Canada.
On pourrait aussi mentionner le cas des États-Unis, qui sous l’administration Biden a mené une politique de frontières ouvertes. Ce gouvernement a laissé entrer environ 10 millions d’illégaux.
La démographie se déploie sur le temps long. Ces modifications intenses sur un intervalle de temps si restreint auront des impacts durant des générations. Le grand remplacement se produit maintenant — sous nos yeux — mais on ne peut pas en parler, parce que c’est soit complotiste, soit un discours haineux. La gauche marche sur la tête. Elle s’empêche de voir la réalité par bon sentiment, par naïveté et par idéologie.











