Les médias traditionnels accordent enfin de l’attention au projet de loi C-22 du gouvernement canadien, qui n’est autre qu’une tentative de légitimer la société de surveillance, parce que les géants des techs refusent de collaborer et nomment l’évidence : cette loi est liberticide et autoritaire.
Bien entendu des articles ont été publiés plus tôt cette année sur le projet de Loi concernant l’accès légal, mais toujours sur le ton de l’euphémisme en marchant sur la pointe des pieds. Deux jours après qu’elle a été déposée en première lecture au parlement canadien, Indocile Média titrait : C-22 : la loi qui transforme chaque canadien en suspect. Il faut quand même bien appeler un chat un chat.
N’importe qui ayant lu cette loi comprend sans ambiguïté qu’il s’agit de rendre légal l’espionnage à grande échelle de la population du Canada. Cet aspect avait très peu été abordé jusqu’à présent dans la presse mainstream.
Pourtant, depuis l’avènement du gouvernement Carney, concocter des lois axées sur la surveillance, le contrôle et la centralisation du pouvoir est une priorité : projet de loi C-2 sur le contrôle des frontières (remplacé par C-22), projet de loi C-8 sur la cybersécurité, projet de loi C-9 sur la criminalisation du discours haineux, projet de loi C-15 (le budget) comprenant des pouvoirs discrétionnaires ministériels inédits.
Des médias indépendants à travers tout le pays tirent la sonnette d’alarme depuis un an, mais une partie de la population reste mal informée, parce que les médias de masse sont plus que complaisants avec le Parti libéral du Canada (PLC) et couvrent l’actualité en veillant à ne pas trop lui déplaire.
La réalité devient plus difficile à éviter ou à nier lorsque les géants des techs comme Apple, Meta, Shopify, Signal, NordVPN, ProtonVPN mettent en garde le gouvernement canadien contre les dérives de la loi C-22. Certains disent qu’ils vont refuser de collaborer et d’autres qu’ils vont quitter le Canada si nécessaire.
Cette citation d’Apple a été publiée dans un texte de Reuters et elle est rapidement devenue emblématique de l’état d’esprit de l’industrie sur le sujet.
« Alors que les menaces d’acteurs malveillants cherchant à accéder aux données des utilisateurs sont en constante augmentation, le projet de loi C-22, dans sa forme actuelle, saperait notre capacité à proposer les fonctionnalités avancées de protection de la vie privée et de sécurité que nos utilisateurs attendent d’Apple. Cette législation pourrait autoriser le gouvernement canadien à obliger les entreprises à casser le chiffrement en introduisant des backdoors dans leurs produits — ce qu’Apple ne fera jamais. »
Vous avez bien lu. Apple refuse de collaborer. Elle ne le fera jamais. Qui l’eût cru ? Le rêve du PLC d’une société de surveillance aux allures de contrôle technocratique bloqué par les entreprises techno-capitalistes de notre époque! C’est logique, ils préfèrent la liberté des marchés au contrôle étatique, dont les exemples historiques n’ont jamais bien tourné.
À cela on doit ajouter une lettre officielle du Congrès américain envoyée au ministre de la Sécurité publique du Canada, Gary Anandasangaree.
En somme, le Congrès exprime de graves préoccupations sur le fait que C-22 pourrait forcer les entreprises américaines à créer des backdoors dans les systèmes chiffrés, créant des vulnérabilités exploitables par des hackers et des puissances étrangères. Sachant la proximité que le Canada entretient avec la Chine, et sachant le peu de capacité du Canada sur le plan de la sécurité (tant informatique, frontalière que militaire), les Américains ont raison d’être inquiets.
Le véritable scandale dans cette histoire, c’est de savoir pourquoi exactement il a fallu attendre que les multinationales des techs et que le Congrès américain réagissent, avant que les médias de masse canadiens commencent à avoir un point de vue critique sur le projet de loi C-22 ? La Presse le 14 mai, Radio-Canada le 15 mai, CBC le 6 mai, le Globe and Mail le 13 mai.
Pire, nous sommes en droit de nous demander si ces médias auraient réagi s’il n’y avait pas eu tout ce ressac de l’industrie et du Congrès, qui a créé une polémique. Après tout, le projet de loi est sorti le 12 mars, ce qui leur a suffisamment laissé le temps de publier sur la chose. Il vous fallait un exemple de plus ? Le voici, la démonstration est faite.
Nos médias sont lourdement subventionnés par les paliers fédéral et provincial et ne jouent plus leur rôle de chiens de garde de la démocratie.











